GENÈSE DU CANCER
LA CELLULE CANCÉREUSE :
SON ORIGINE, SA SIGNIFICATION
Dr Agnès
FLOUR
1- INTRODUCTION………………………………………………………………….… 4
2-1-
Étymologie et significations du mot ‘cancer’……………………………………… 7
2-2-
Cancérisation et cancérogenèse…………………………………………………… 12
2-2-1- Cancérisation
2-2-2- Cancérogenèse
2-3-
Caractéristiques de la cellule cancéreuse…………………………………………..
26
2-4- Le remède homéopathique Carcinosinum………………………………………… 31
2-4-1- Rappel de la doctrine
homéopathique hahnemannienne
2-4-2- Nature et origine du remède
Carcinosinum
2-4-3- Symptomatologie mentale et
physique de Carcinosinum
2-4-4- Thèmes et mots clés de la
symptomatologie de Carcinosinum
2-5- Éléments
communs à la cancérologie et au remède Carcinosinum………………… 54
3-1-
Théorie du docteur Masi………………………………………………………….. 57
3-2-
Exemple : Phosphorus……………………………………………………………. 63
5-1- Étymologie et définitions du mot ‘force’…………………………………………...
65
5-2- Les symboles de la force…………………………………………………………...
67
5-3- La
‘vertu de force’………………………………………………………………… 69
6- ÉTUDE DES RELATIONS ENTRE LES DEUX
ÉLÉMENTS ANALYSÉS,
6-1- Étude
des relations entre les mots ‘cancer’ et ‘force’ au niveau
étymologique et symbolique……………………………………………………………… 78
6-2- Relations entre les mots clés de Carcinosinum et le mot ‘force’…………………… 79
6-3- Relations entre les mots clés de Carcinosinum et les différents
aspects de la ‘force’………………………………………………………………. 103
7-1- Énoncé détaillé de la psore primaire de Carcinosinum……………………………
105
7-2- Conséquences de la psore primaire de Carcinosinum……………………………..
106
9- LOI PLUS GÉNÉRALE…………………………………………………………….
117
1) INTRODUCTION :
L’objectif de ce travail était de comprendre le processus de la cancérisation.
Ceci n’était pas original puisque des milliers de chercheurs y consacrent leur vie. Mais presque tous étudient la cellule cancéreuse à la lumière d’une discipline devenue majeure : la biologie moléculaire, et particulièrement la génétique moléculaire.
Leurs découvertes ont permis d’importantes avancées qui ont bien sûr servi mes propres recherches.
Toutefois, je pense qu’il faudrait aussi aborder le cancer sous l’éclairage de différentes disciplines parfois inhabituelles en oncologie. C’est pourquoi le lecteur ne devra pas s’étonner de la large place accordée, par exemple, à l’étymologie et à la sémantique dans ce travail.
Bref, explorer ces pistes, faire feu de tout bois dès lors que l’on reste rigoureux sur les données et les méthodes.
Ce livre étant le fruit de douze années de recherche dans plusieurs disciplines, il demande quelques explications sur le cheminement chronologique et logique que j’ai emprunté depuis le constat initial de faits troublants (et inexpliqués) jusqu’aux conclusions actuelles.
Au départ, il ne s’agissait pas
d’investigations sur le cancer. En tant que médecin, je faisais de la recherche
en homéopathie uniciste (Hahnemann) dont la principale difficulté réside dans
l’identification du remède propre à chaque patient. Ce remède homéopathique est
appelé ‘simillimum’ du patient. Chaque individu n’a
qu’un seul remède simillimum qui ne change pas au cours de sa vie.
On sait les difficultés et le temps requis
pour une telle recherche, ce qui explique que l’homéopathie dite ‘uniciste’
soit bien moins pratiquée par nos confrères que l’homéopathie dite ‘pluraliste’
où plusieurs remèdes sont prescrits simultanément à un même patient.
L’examen physique et les questions posées
oralement au patient ne suffisent pas toujours pour identifier son simillimum.
A titre expérimental, je décidais alors de proposer une collaboration plus
poussée à des personnes motivées par cette investigation approfondie et la
recherche de leur simillimum.
Ils ont rédigé - chez eux - une sorte
d’autobiographie et autodescription la plus détaillée possible, y compris sur
leurs préférences et aversions dans de nombreux domaines. L’intérêt de cette
méthode était qu’ils disposent de temps pour s’exprimer librement, hors du
cadre imposé et forcément limité d’une consultation au cabinet médical.
Et surtout, je voulais éviter au maximum
d’influencer leurs réponses, tant au niveau de la forme que du fond.
Le résultat dépassa mes espérances :
cela permit d’abord d’identifier le remède simillimum de ces personnes dans la
plupart des cas.
Parmi ces personnes, il s’avéra que certaines avaient le même simillimum.
Ensuite, l’étude comparative des manuscrits
rédigés par ces personnes ayant le même simillimum révélèrent de grandes
similitudes non seulement sur le contenu (ce qui était prévisible) mais aussi
sur la forme : le vocabulaire, les expressions employées, et parfois même
des phrases entières étaient identiques d’un manuscrit à l’autre !
J’insiste sur le fait que ces manuscrits
étaient confidentiels, écrits par des personnes ne se connaissant pas, et qu’il
leur était impossible de ‘se copier’ ou de s’influencer mutuellement lors de la
rédaction.
Face au constat de ces similitudes
flagrantes de vocabulaire, je décidais d’étudier attentivement les mots et
expressions employés par mes patients dans leur biographie respective.
Grâce à la psychanalyse, nous savions déjà
que les mots des patients éclairent la
signification de leurs maux. Ce que le lecteur pourra
constater dans cet ouvrage, c’est qu’ils éclairent aussi, et de façon
impressionnante, la genèse même de ces maladies.
C’est ainsi que l’étymologie, les racines
indoeuropéennes de ces mots, l’évolution du sens des mots au cours des siècles,
et l’étude des familles de mots devinrent des outils
indispensables à mes recherches.
Une autre étape décisive fut franchie
lorsque j’ai étudié le cas d’un patient dont le remède simillimum s’avéra être
Carcinosinum (cellules cancéreuses très diluées et dynamisées).
Il n’avait pas de gros problèmes de santé,
mais il avait souhaité connaître son simillimum. Ainsi, ce jeune avocat me
rédigea une longue autobiographie à laquelle s’ajoutèrent les bilans médicaux
effectués à diverses occasions.
En épluchant son manuscrit, je constatai
avec étonnement qu’il employait pour se décrire le vocabulaire spécifique des
biologistes pour caractériser les cellules cancéreuses !
Or, il ne pouvait pas savoir que ces
expressions concernaient le processus cancéreux puisqu’il n’avait jamais fait
d’études médicales, et qu’il ignorait à l’époque la nature de son simillimum.
J’acquis rapidement la certitude que cet
emploi du vocabulaire carcinologique n’était ni fortuit ni supercherie, et que
l’étude « d’autodescriptions », écrites par les sujets Carcinosinum
eux-mêmes, nous apprendrait beaucoup sur le cancer. (J’appelle ‘sujets
Carcinosinum’ les personnes dont le remède simillimum est Carcinosinum).
Tout se passe comme si les sujets
Carcinosinum savaient (inconsciemment) sur le cancer tout ce que les
biologistes découvrent peu à peu en laboratoire.
La première partie de cet ouvrage analyse l’étymologie et les significations du mot ‘cancer’. S’y ajoutent, bien sûr, les travaux de biologie moléculaire actuels sur le cancer, et l’analyse du vocabulaire des sujets Carcinosinum qui ont été observés par moi-même et d’autres auteurs. J’ai choisi de laisser dans leur langue originale (l’anglais) les citations d’articles provenant de revues médicales anglo-saxonnes (qu’elles concernent l’allopathie ou l’homéopathie). Ceci afin de respecter le vocabulaire de leurs auteurs, et afin d’éviter le risque d’une médiocre traduction.
La comparaison entre le vocabulaire employé
par les chercheurs pour décrire le processus cancéreux, et le vocabulaire que
les sujets Carcinosinum emploient pour se décrire, permettra aussi au lecteur
de constater leur étonnante similitude (chapitre 2-5).
De plus, l’analyse de ce vocabulaire des sujets Carcinosinum a permis de dégager des composantes méconnues du processus cancéreux.
La deuxième partie du
livre est consacrée à l’apport de la théorie homéopathique du docteur A. Masi
dans la connaissance du remède Carcinosinum, et donc de la cellule cancéreuse.
Cette théorie très intéressante est détaillée dans le chapitre 3.
Ensuite, c’est à la lumière de cette théorie que j’ai entrepris d’analyser
minutieusement ce vocabulaire dont nous avons vu qu’il était commun aux
biologistes cancérologues et aux sujets Carcinosinum.
Alors que ce vocabulaire
semblait constitué de mots n’ayant aucun lien évident, cette analyse a permis
de dégager nettement, un concept qui est commun à chacun de ces mots qui
décrivent la cellule cancéreuse.
Ceci n’est pas anecdotique car nous discernons peu à peu les caractéristiques les plus profondes de la cellule cancéreuse, voire son essence même.
La dernière partie de
l’ouvrage est consacrée aux conséquences de ces découvertes.
En effet, la théorie du
Dr. Masi, et la découverte de ce concept qui caractérise profondément la
cellule cancéreuse permettent d’éclairer d’une façon nouvelle le processus de
la cancérogenèse.
Elles permettent également
de mieux comprendre pourquoi le cancer est la ‘maladie de notre époque’. On
sait que l’incidence du cancer a augmenté depuis un siècle, surtout dans les
pays dits développés.
En conséquence, ce travail
a aussi permis d’entrevoir une loi plus générale régissant en partie
l’évolution de l’incidence des grands fléaux infectieux de l’humanité.
[Incidence (du cancer) : rapport du nombre de nouveaux cas de cancer au nombre des personnes d’une population définie, pendant une durée de temps donnée].
2) LE
CANCER ET LE REMÈDE CARCINOSINUM :
2-1- Etymologie et significations du mot ‘cancer’ :
D’après le dictionnaire historique de la
langue française (1),
‘cancer’ est un nom masculin issu (1372) du latin cancer, cancri (®
cancre, chancre, crabe) qui traduit en en reprenant les sens, le grec karkinos « crabe »,
« chancre », également « pinces », « paire de
compas ».
Les deux mots appartiennent, avec le grec karkaros « dur », et le sanscrit karkata « crabe », à une même racine
indoeuropéenne. (1)
En effet, d’après le dictionnaire des
racines des langues européennes (2), ‘cancer’ est issu de la racine kar- qui désigne ce qui est dur,
ce qui est fort.
Cette racine a aussi donné les mots grecs suivants :
karuon :
noix,
kratos et kartos : force.
La même racine a donné l’ancien français ‘hardir’ :
rendre dur, d’où rendre courageux, oser,
et les mots français : hardi, hardiesse, cancre, chancre, et carène.
De même, elle a donné le mot allemand hart et l’anglais hard
qui signifient ‘dur’.
Au sujet du cancre,
le dictionnaire historique (1) ajoute :
« En référence à la marche lente et
difficile du crabe, le mot est rentré dans l’argot scolaire à propos d’un élève
nul (1662).
Les sens de ‘pauvre diable’ (1651, La Fontaine), ‘homme méprisable pour sa rapacité’ (1740, par allusion aux pinces du crabe)
sont sortis d’usage ».
Le dictionnaire des sens perdus (3) confirme que cancre a signifié :
« Homme avare, rapace » et aussi
« homme sans ressources. ‘Cancres,
hères et pauvres diables, / Dont la condition est de mourir de faim (La
Fontaine) ».
Le dictionnaire Bailly (4) précise le sens du mot grec kratos :
« force, d’où :
I) force du corps, vigueur, etc. ; en parlant des métaux (fer, etc.).
II) domination, puissance (en parlant des dieux et des hommes./ particul. pouvoir
royal, puissance souveraine), avoir la puissance sur soi-même.
III) victoire. »
Quant au nom propre Kratos, le Bailly ajoute qu’il s’agit du :
« pouvoir personnifié, fils
de Styx [principal fleuve des Enfers]. (Théogonie, Hésiode). »
Evolution du mot cancer :
« Le mot a été introduit comme nom
d’un signe du zodiaque.
Le sens médical de ‘tumeur maligne’ (1478) a donné un emploi figuré (av. 1755) et s’est spécialisé (fin XIXe
s.) pour désigner le
néoplasme. Puis, l’idée de ‘tumeur’ n’étant plus essentielle, le mot a désigné
tout état pathologique caractérisé par des lésions résultant d’une
prolifération cellulaire non contrôlée par l’organisme (cancer des os, du sang). »
(1)
Au figuré, cancer
signifie « ce qui ronge, détruit ; ce qui prolifère de manière
anormale et dangereuse » (5), et « maladie
insidieuse ». (6)
Détaillons ces deux significations :
-- Cancer : une des douze constellations
zodiacales :
Elle est ainsi appelée parce qu’elle figure un crabe :
« l’inégale
répartition des étoiles qui sont visibles à l’œil nu semble dessiner des
groupements, ou constellations provoquées par l’effet de la
perspective montrant les unes à côté des autres des étoiles qui, en réalité,
sont très espacées les unes derrière les autres. » (7)
« Il
convient de ne pas confondre les signes
du zodiaque avec les constellations
qui portent le même nom. Il fut un temps où les uns et les autres se
superposèrent. » (8)
Mais ce n’est plus le cas en raison d’un mouvement dit de précession des équinoxes. De ce fait, signes et constellations ne coïncident que tous les 26 000 ans environ.
« Le zodiaque est une bande circulaire
du ciel au long de laquelle cheminent les astres de notre système planétaire,
sorte de piste où ils effectuent leur éternelle ronde. La ceinture zodiacale
est large de 17°. » (8)
Sans rentrer dans
le détail des calculs, disons simplement que cette ‘bande circulaire’ (360°) a
été divisée en 12 parties égales (30°) représentant les 12 signes du zodiaque.
Le Soleil
progresse de 1° environ par jour ; il met donc environ un mois pour
traverser chaque signe.
Le signe du Cancer ( O ) représente la quatrième division du zodiaque (longitudes : 90° à 120°) à peu près entre le 21-22 juin et le 22 juillet.
En ce qui concerne le tropique du Cancer, le dictionnaire (9) nous précise qu’il s’agit du « tropique septentrional qui passe par le premier point du signe du Cancer. C’est un cercle parallèle à l’équateur, que le soleil paraît décrire dans son mouvement diurne le jour où il entre dans le signe du Cancer (21 juin) : ce jour est appelé solstice d’été. »
Rappelons que
les deux tropiques (du Cancer et du Capricorne) correspondent au passage du
soleil au zénith, à chacun des solstices. (5)
Symbolique du signe du Cancer :
« Il symbolise dans la nature le
premier stade de l’été qui correspond à la formation des graines et marque le
triomphe des forces génératrices maternelles.
Conception, gestation, maternité, tel est le processus cancérien dans son contexte alimentaire, digestif, formateur (correspond à l’estomac et aux seins).
Symbolise également l’eau originelle, les
eaux-mères, au moment de l’année où la sève végétale gonfle les tissus de la
nature en pleine fécondité. » (8)
Mythologie du signe du Cancer :
Le deuxième
des Travaux qu’Eurysthée imposa à Héraclès « fut de tuer l’Hydre de Lerne,
monstre né de Typhon et d’Échidna, et élevé par Héra [épouse de Zeus] pour mettre Héraclès en péril. (…) Un crabe géant sortit du marais pour venir en aide à l’Hydre et mordit
au pied Héraclès, qui, furieux, l’écrasa dans sa carapace. » (10)
Nous savons
que l’Hydre fut finalement vaincue… Toutefois, « pour récompenser le crabe de ses services, Héra le mit au
nombre des douze signes du Zodiaque. »
(10)
-- Enfin, précisons
le dernier sens du mot cancer, son sens médical :
Voici d’abord la définition médicale du cancer proposée par les membres des Académies nationales de Médecine et de Pharmacie :
« Mot latin, du grec carcinos : crabe, d’après la forme observée dans des cas historiques.
Terme
générique des tumeurs malignes liées à la prolifération anarchique et indéfinie
d’un ensemble cellulaire, conduisant à la destruction du tissu originel, à son
extension locale, régionale et générale en donnant lieu à distance à des métastases. » (11)
Métastase : (du grec metastasis, depuis methistêmi : je change de place).
« Foyer
secondaire d’une affection, suppuration infectieuse, et surtout cancer.
Celui-ci est disséminé par voie lymphatique ou sanguine à partir d’un foyer
primitif ». (11)
Il a été prouvé que la plupart des tumeurs humaines dérivent de la transformation cancéreuse d’une seule cellule au départ (origine monoclonale), mais il y a toujours des exceptions à la règle…
Rappelons qu’une cellule cancéreuse se multiplie en donnant naissance à deux cellules filles cancéreuses elles aussi, et ainsi de suite…
Cytopathologie : étude de la cellule cancéreuse
« S’il
est une maladie cellulaire par excellence, c’est bien le cancer. » (12)
Les anomalies cellulaires observées dans les cancers par les cytopathologistes peuvent parfois se voir en dehors de toute prolifération maligne. Toutefois, elles contribuent largement au diagnostic de cancer et méritent d’être détaillées :
« Ce qui
frappe à première vue dans une tumeur maligne est l’aspect des noyaux. Ceux-ci
sont souvent de taille irrégulière, déformés, parfois très grands, souvent
multiples. Ces particularités, qui avaient retenu l’attention des observateurs
dès la fin du XIXe siècle, sont en rapport avec des anomalies
de la mitose. » (12)
Durant une partie de la mitose (division cellulaire pour aboutir à deux cellules filles identiques), les chromosomes doivent normalement s’attacher à une structure appelée ‘fuseau mitotique’. Dans le noyau de chaque cellule somatique humaine, il y a 46 chromosomes répartis en 23 paires d’où un nombre diploïde de chromosomes (2n = 46).
Or, dans les cellules cancéreuses, on observe de fréquentes anomalies du nombre des chromosomes alors que ce phénomène n’est pas fréquent dans les cellules animales ou humaines normales :
« Le
fonctionnement du fuseau peut présenter des anomalies légères ou sévères,
allant jusqu’à la perte complète de la polarité fusoriale, comme si les
cellules malignes étaient sous l’influence d’une substance telle que la
colchicine. Ce sont ces anomalies fusoriales qui conduisent à la formation de
cellules plurinucléées, de noyaux de taille irrégulière, ou de noyaux hautement
polyploïdes ». (12)
[Polyploïdie : 3n (triploïdie), voire 4n chromosomes = tétraploïdie = 92
chromosomes].
« (…) On a pu observer que pendant l’évolution d’une néoplasie, les
anomalies chromosomiques augmentaient en nombre, montrant une tendance des
cellules malignes à évoluer vers un type aneuploïde ». (12) [Aneuploïdie : 2n + un ou plusieurs
chromosomes supplémentaires = 47, ou 48,… chromosomes]
« A côté
des altérations du fuseau, les mitoses néoplasiques peuvent montrer des lésions
diverses des chromosomes. » (12)
Ces anomalies acquises de la structure des chromosomes s’observent dans les cellules de nombreux cancers, particulièrement les hémopathies malignes. C’est le cas du chromosome Philadelphie (chromosome 22 anormal) observé dans la plupart des leucémies myéloïdes chroniques.
Toutefois, les anomalies chromosomiques des cellules malignes, lorsqu’elles existent, ne sont pas proportionnelles au degré de malignité des cancers ni à leur vitesse de croissance. Très importantes aussi, les anomalies des gènes eux-mêmes seront étudiées plus loin (génétique moléculaire) car elles ne peuvent être observées en cytologie traditionnelle.
Cytologie : en règle, la cellule maligne est de plus grande taille qu’à l’état normal. De même son noyau, parfois excentré, est souvent plus gros, quelquefois plus dense (hyperchromatique) et à contours irréguliers.
« La
dimension des noyaux, pour une espèce donnée, dépend en tout premier lieu de la
quantité de DNA [ADN] présente. C’est dire qu’au cours du
cycle mitotique, le DNA doublant en vue de la mitose suivante, le
volume nucléaire augmentera. En dehors de toute activité mitotique, ce volume
peut varier soit parce que la cellule contient un nombre excessif de
chromosomes (polyploïdie), soit parce que les chromosomes sont formés d’une
quantité excessive de filaments de DNA (polyténie). » (12)
Le rapport de taille nucléocytoplasmique est souvent augmenté dans les cellules cancéreuses. Mais cette augmentation étant retrouvée de façon inconstante, ou à un degré variable d’une cellule à l’autre, cela contribue à l’aspect polymorphe des cellules cancéreuses.
La cellule cancéreuse possède souvent un, voire plusieurs nucléoles visibles dans le noyau.
Rappel :
dans le noyau qui contient le matériel génétique (chromatine = ADN + protéines...), le nucléole est un organite où s’opère la synthèse de
sous-unités de ribosomes (indispensables à la synthèse des protéines). « L’hypertrophie
nucléolaire caractérise des cellules à cytoplasme fortement basophile, ayant
une forte activité synthétique, soit qu’il s’agisse de cellules glandulaires,
soit qu’il s’agisse de cellules en croissance active comme c’est le cas pour
les tumeurs. » (12)
Histologie : étude de la structure des tissus
cellulaires
Elle montre le degré de désorganisation de l’architecture normale d’un tissu, le degré d’invasion des tissus adjacents…
« Les troubles
de la différenciation sont parfois très prononcés, mais ne sont pas
l’apanage du cancer. » (12)
« On
distingue les cancers bien différenciés, dont la structure est proche de celle d’un tissu normal, des cancers indifférenciés (dits anaplasiques). » (11)
Le degré d’anaplasie est souvent corrélé au pronostic de la tumeur.
« La croissance maligne n’est pas nécessairement plus rapide que celle des tissus normaux.
L’utilisation
des méthodes plus précises de mesure de la croissance mitotique (…) a confirmé, tant pour des tumeurs humaines que chez l’animal, que les
cellules cancéreuses peuvent croître plus vite que le tissu d’où elles
proviennent, mais toujours plus lentement que les deux tissus à renouvellement
les plus rapides de l’organisme : la moelle osseuse et la muqueuse
intestinale. » (12)
« Comment faut-il dès lors comprendre le fait que certaines tumeurs paraissent avoir une croissance spectaculaire ?
Cette contradiction n’est qu’apparente. En effet, un des caractères de la cellule cancéreuse est de ne se différencier que lentement, c’est-à-dire de retenir ses potentialités mitotiques beaucoup plus longtemps que les cellules normales correspondantes. Dans la moelle normale, après quelques mitoses, il se forme des hématies ou des polynucléaires qui ne se divisent plus. Dans l’intestin, la muqueuse se renouvelle constamment par suite de la desquamation cellulaire. Dans les cancers de ces deux tissus, les choses sont bien différentes. Les cellules formées par la mitose des éléments leucémiques seront encore capables de se diviser, la maturation des éléments indifférenciés en polynucléaires ne se produisant plus dans les formes ‘aiguës’.
Bien qu’il y
ait toujours un certain nombre d’éléments néoplasiques qui se détruisent, la
conservation de la capacité de se diviser pendant un temps plus long que
normalement conduira à une croissance d’allure exponentielle, même si la durée
de la mitose et même si le temps de génération est plus long que dans les
cellules normales. » (12)
Localisations anatomiques des cancers chez l’adulte :
« En ce
qui concerne les types histologiques, il faut immédiatement souligner
l’atteinte beaucoup plus fréquente des épithéliums : bien que le tissu
conjonctif forme près de 83% de la masse corporelle, les sarcomes ne
représentent que 8% environ des tumeurs malignes humaines. (…) Il convient toutefois de signaler que la comparaison avec la masse des
tissus montre surtout que les cancers à point de départ musculaire strié sont particulièrement rares. » (12)
Manifestations
cliniques :
Il serait trop long de détailler ici les symptômes des différents cancers, d’autant qu’ils sont généralement bien connus. Par contre, l’un de ces symptômes, la cachexie, mérite d’être analysé :
La cachexie est un état de maigreur extrême avec une altération grave de l’état général et du métabolisme. Bien qu’elle soit redoutée lors de cancers à un stade terminal, elle est loin d’être constante, et même assez rare en cas de cancers du sein, du système nerveux central, et de leucémies / lymphomes.
Et lorsqu’elle existe, la cachexie n’est pas toujours facilement explicable :
La cachexie peut, bien sûr, être la conséquence d’une malnutrition due à un cancer des voies digestives, ou d’une malabsorption due à une tumeur du pancréas ou des voies biliaires.
« La perte du goût et le malaise général, qui sont présents lors de nombreuses maladies malignes, peuvent contribuer à l’ingestion réduite d’aliments, mais tous ces facteurs de dénutrition n’expliquent pas entièrement la cachexie des affections malignes.
Bien que
beaucoup de patients aient une balance azotée négative, d’autres, qui ont une
balance positive, peuvent présenter un déficit calorique. Il a été montré que,
dans la cachexie des affections malignes, la dépense calorique restait
importante, avec un taux de métabolisme basal élevé malgré la réduction des
prises alimentaires (c’est l’inverse de la situation observée dans la
famine) ; cela indique que le phénomène est dû à une perturbation
systémique profonde du métabolisme de l’hôte, dont la pathogénie reste
obscure. » (13)
Ainsi,
la dépense énergétique de base est
souvent plus élevée chez le
cancéreux.
Marqueurs de tumeurs :
Ce sont des substances normales sécrétées par les cellules tumorales, mais soit en quantité excessive (hormones, peptides, enzymes…), soit à un moment inapproprié de la vie (antigènes fœtaux resynthétisés à l’âge adulte). Toutefois, ces marqueurs ne sont pas spécifiques des tumeurs, on peut les retrouver lors de maladies chroniques diverses.
Exemples d’hormones sécrétées :
- Les chaînes libres bêta de
la gonadotrophine chorionique humaine (b-HCG) souvent
produites par le cancer développé à partir des cellules germinales
totipotentielles testiculaires (tératome), et le choriocarcinome.
- La calcitonine et la
sérotonine produites par le cancer médullaire de la thyroïde.
Exemples
d’enzymes sécrétées : phosphatases alcaline et acide,
gamma-glutamyl-transférase, énolase.
Exemples de protéines fœtales synthétisées par les cancers :
- L’antigène
carcino-embryonnaire (ACE) normalement présent dans le tissu intestinal
embryonnaire est souvent retrouvé en cas de cancer colorectal, et parfois du
sein.
- L’alpha-foeto-protéine peut
être produite par le tératome testiculaire et le carcinome hépatocellulaire.
Il existe aussi des marqueurs spécifiques tel l’antigène prostatique spécifique (PSA) qui est une glycoprotéine.
Enfin, il existe des antigènes tumoraux appelés CA (Cancer Antigen) ; ex. : CA 15.3 lors de cancers du sein.