La Grande Aventure Homœopathique

« La première, l’unique vocation du médecin est de rendre la santé aux personnes malades ; c’est ce qu’on appelle guérir »

« Le beau idéal de la guérison consiste à rétablir la santé d’une manière prompte, douce et durable, à enlever et détruire la maladie toute entière, par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, en procédant d’après des inductions faciles à saisir »

Hahnemann, § 1 et § 2 de l’Organon

Introduction
Avant Hahnemann
     Hippocrate
     
Gallien
     Paracelse
     John Hunter
     L'homœopathie, plus qu'une médecine
Hahnemann
Après Hahnemann
     
Hering (1800-1880)
     
Docteur Comte Sebastien des Guidi (1769-1863)
     Benoît Mure (1809-1858)
     Léon Simon
     Georg, Heinrich, Gottlieb Jahr (1800-1875)
     
Clemens Maria Franz Baron von Boenninghausen (1785-1864)
Les générations suivantes
Aux USA
     
James Tyler Kent (1849-1916)
     Timothy Field Allen (1837-1902)
     William Boericke (1849-1929)
En Angleterre
     
John Henry Clarcke (1853-1931)
     Sir John Weir (1879-1971)
En France
     
Pierre Schmidt (1894-1987)
En Inde
En Allemagne
L’Amérique latine
La Grèce
Et la Belgique?
Conclusion
Bibliographie

Introduction

L’histoire de l’homéopathie commence officiellement avec Friedrich Samuel Hahnemann né le 10 avril 1755 à Meissen en Saxe et mort à Paris le 2 juillet 1843 à l’âge de 88 ans.
C’est en 1796 que Hahnemann, alors âgé de 41 ans publie pour la première fois les fondements de l’homéopathie : « Un nouveau principe sur les vertus curatives des substances médicinales avec quelques considérations sur les méthodes utilisées précédemment ».
C’est cette publication qui est communément reprise comme la naissance de l’homéopathie, c’est-à-dire il y a un peu plus de deux siècles.
Deux cents ans, c’est beaucoup, c’est suffisant pour avoir assez de recul pour se rendre compte qu’elle est d’une redoutable efficacité si on l’applique correctement. C’est suffisant également pour être diffusée mondialement, pour avoir survécu à de multiples attaques venant de la médecine dite « officielle », et pour avoir survécu à la découverte des antibiotiques et autres cortisones dont l’efficacité pour la suppression des symptômes n’est plus à démontrer dans de nombreuses pathologies.
Il y a plusieurs éléments qui frappent lorsqu’on examine tout ce chemin parcouru par nos prédécesseurs.

Tout d’abord, les lois de guérisons, loi des semblables, lois de Hering, théorie des suppressions, etc..sont restées inchangées depuis Hahnemann et ce, malgré une révolution scientifique sans précédent dans l’histoire de l’humanité (Pasteur (1822-1895), Claude Bernard (1813-1878), et beaucoup d’autres chercheurs célèbres sont plus jeunes que Hahnemann).

Ensuite, l’homéopathie a toujours fait l’objet d’une violente polémique alors que l’efficacité n’est plus à démontrer. Hahnemann avait des taux de guérison exceptionnels dans les épidémies de typhus, des milliers de cas cliniques ont été publiés, n’importe quel homéopathe a dans ses archives des guérisons de malades incurables, guérisons que l’on peut qualifier de miraculeuses, et même les tests scientifiques en double aveugle et autres prouvent l’efficacité des remèdes homéopathiques.

Et enfin, malgré tout cela, malgré le fait qu’elle ait été et soit encore préférée par certains rois (comme en Angleterre), malgré son faible coût d’application ( la plus grande partie de la population mondiale ne sait pas se payer les médicaments modernes), l’homéopathie n’a jamais été reconnue comme médecine officielle. Elle a failli l’être comme aux Etats-Unis au début du siècle mais invariablement, elle retombe dans la marginalité. Hahnemann est certainement un des plus grands scientifiques de l’histoire de la médecine mais sa découverte n’a jamais été reconnue officiellement même à titre posthume, ce qui est extrêmement rare.

Mais deux cents ans, c’est également très peu dans l’histoire de l’humanité. Si on considère l’importance de cette méthode thérapeutique, on peut se demander comment il a fallu attendre la fin du XVIII ème siècle pour qu’elle soit découverte.
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Avant Hahnemann

Hippocrate

En fait, la notion de similitude date déjà d’Hippocrate (460-377 Av J-C) qui est reconnu comme le père de la médecine. Hahnemann le cite dans son introduction de l’Organon
pg 157 : « C’est par les semblables que naît la maladie, et c’est à l’aide de remèdes semblables que les malades guérissent par eux-mêmes de leurs maladies, c’est par le fait de vomir que le vomissement cesse »
Mais on trouve d’autres traces de ce principe dans ses écrits :
« Ce qui produit la strangurie qui n’est pas, enlève la strangurie qui est »
« La plupart des maladies sont guéries par les causes semblables à celles qui les produisent »
« Ce n’est pas le nom de la maladie qui est important pour soigner, mais le processus de celle-ci en fonction du malade ».
D’autres penseurs grecs comme Démocrite (468-399) ou Théophraste (371-288) parleront également du principe de similitude dans leurs écrits.
L’entièreté de l’oeuvre d’Hippocrate rassemblée sous le nom de « Corpus Hippocratique » est en fait la compilation de toutes les connaissances médicales de la pensée grecque de cette période exceptionnelle dans l’histoire de l’Humanité qu’est l’Antiquité grecque.

Il y a trois éléments principaux qui ressortent de cette oeuvre fantastique.

I) Natura médicatrix : « La nature est le médecin des maladies. La nature sans instruction et sans savoir fait ce qu’il convient. »
La guérison se produit de trois façons : - d’une façon passive ou statique, par le
repos, l’abstinence ou le sommeil.
- d’une façon active ou dynamique, par
l’exercice, l’augmentation de nourriture
- enfin, par des soulèvements ou réactions qui sont autant de mouvements calculés que l’organisme met en oeuvre pour assurer sa défense.
Au médecin d’imiter la nature, afin de maintenir et de ramener le malade dans un état d’équilibre. Rien n’est plus sage !

II) Contraria contrariis : « Si l’on connaissait, dit Hippocrate, la cause de la maladie, on serait en état d’administrer ce qui est utile, prenant dans les contraires l’indication des remèdes. De fait, cette médecine est naturelle. La faim est guérie par l’aliment, la soif est apaisée par la boisson, la plénitude est guérie par l’évacuation, l’évacuation par la plénitude, la fatigue de l’exercice par le repos, la fatigue du repos par l’exercice »

III) Similia similibus : on en a parlé plus haut

Si on continue l’histoire de la médecine, il y a comme pour tout le reste des connaissances humaines un grand vide après l’Antiquité grecque.
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Gallien

C’est avec l’arrivée de Galien (131-201) que s’ouvrit de nouveau le débat de la médecine. Celui-ci, d’origine grecque mais professant à Rome fut un des premiers anatomistes et fit des observations d’une précision révolutionnaire. Ce médecin très doué assimila et réorganisa toute la science médicale de son époque. Malheureusement, il ne garda de l’héritage hippocratique que le « Contraria contrariis » niant farouchement la nature médicatrice et omettant le « Similia similibus ». Le médecin galénique doit étudier les différents symptômes des maladies pour les combattre directement. Sa vision monothéiste lui attira la sympathie de l’autorité écclésiastique et depuis lors, c’est l’influence de Galien qui est toujours reconnue comme la seule officielle.

Il y a ici une remarque importante à faire. Lorsque Hippocrate parle des contraires, il parle d’une réaction de l’organisme vis-à-vis d’une situation conflictuelle ou pathologique. Il nous ainsi que la plénitude est combattue par l’évacuation, la fatigue par le repos et ainsi de suite. Il ne parle pas de la façon d’agir d’un médicament ou de la façon de faire une matière médicale.

Si nous avons une inflammation d’un tendon, l’administration de Rhus-tox entraînera une réaction anti-inflammatoire de l’organisme. C’est le principe physique action-réaction, la perturbation énergétique engendrée par Rhus-tox est semblable à l’inflammation et l’énergie vitale ou natura médicatrix réagit contre ce phénomène par une action anti-inflammatoire.

Si on comprend bien le message d’Hippocrate, on voit que la loi des contraires n’est pas incompatible avec la loi des semblables, au contraire ! ! !
C’est au médecin à voir dans quelle circonstance il applique l’un ou l’autre principe.

- Si quelqu’un est fatigué de travail, on le fait dormir : loi des contraires
- Si il est malade suite de chagrin, on lui donne un remède qui provoque le chagrin en expérimentation : loi des semblables, mais la réaction de l’organisme est contraire.
- Si notre ancêtre matelot de Surcouf était atteint de scorbut, on lui donnait une orange, la maladie disparaît suivant la loi des contraires.
- Si quelqu’un se brûle, on approche la brûlure d’une source de chaleur, c’est bien plus efficace que d’appliquer du froid : loi des semblables.
- Si on guérit un chien atteint d’hypothyroïdie en redonnant l’information de la promenade matinale (biologiquement, le chien se lève avec le soleil) : loi des contraires.

On le voit, la loi des contraires d’Hippocrate n’a rien à voir avec la médecine suppressive suggérée par Galien et mise en oeuvre actuellement.
La deuxième erreur fondamentale sur laquelle se base une grande partie de la thérapeutique moderne sera apportée bien plus tard par Pasteur (1822-1895) qui sera à l’origine d’une des plus grandes ambiguïtés de la médecine.
Hippocrate nous dit que si l’on connaisait la cause de la maladie, il sufirait de l’enlever pour arriver à la guérison. On ne saurait pas aller contre ce principe, c’est du bon sens, de la logique à l’état pur. Mais depuis Pasteur, la science médicale est persuadée que la cause des maladies, ce sont les méchantes bêbêtes, vers, bactéries, ou virus. S’il est vrai que c’est l’envahissement de l’organisme par ces bestioles qui provoque les symptômes de la maladie, il n’en est pas moins vrai qu’ils n’apparaissent pas par hasard, qu’ils ne se développent que si le terrain leur est favorable. Lorsque les moutons nomades deviennent sédentaires, ils paissent sur un terrain qu’ils viennent de souiller par leurs excréments, les vers s’installent. Le vermifuge (ou plutôt vermicide) guérit momentanément l’animal atteint mais l’opération doit être recommencée à l’infini. Si on leur redonne une vie plus nomade, les vers ne s’installeront plus. A chacun de choisir la meilleure solution.

La plus grande pomme de discorde entre la médecine officielle et la médecine homéopahique, c’est bien cela : quelle est la cause de la maladie ?. L’enfant qui attrape une angine le lendemain d’une dispute entre ses parents n’est sans doute pas uniquement victime des méchants staphylocoques même dorés.

On ne peut pas dire que cette approche soit fausse mais elle est malheureusement extrêmement restrictive et ne donne qu’une vue partielle du problème.

La grande différence de l’allopathie, c’est plus une fermeture d’esprit et un manque de globalité, de totalité qu’un antagonisme. Toutes les données scientifiques sont rigoureusement exactes, mais, en négligeant la notion de vie, d’énergie vitale qui est le chef d’orchestre de l’organisme vivant, en s’acharnant à supprimer un symptôme bien précis comme le cholestérol, les médecins guérissent rarement, suppriment souvent et engendrent des maladies chroniques de plus plus profondes.
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Paracelse

Ensuite vinrent les dix siècles du moyen-âge pendant lesquels la frontière entre le rationnel et l'irrationnel étaient floues et peu importantes et il faut attendre la renaissance pour que le débat soit relancé.

C’est l’époque de Paracelse (1493-1541). Celui-ci, médecin, astrologue, philosophe, alchimiste extrêmement controversé et dont l’oeuvre est encore et toujours marginalisée va s’opposer à la médecine galénique en insistant sur l’unité individuelle. Paracelse considère l’homme comme un microcosme à l’image du macrocosme qu’est l’univers (pensons à la structure atomique où les électrons gravitent autour du noyau à l’image des planètes). Paracelse accordera énormément d’importance à l’observation et rédigera un ouvrage magistral sur l’aseptie et la chirurgie. Le langage de Paracelse est assez confus mais l’idée maîtresse est toujours la correspondance entre les différents éléments de la nature, ce qui amène inévitablement à la loi des semblables.

« Or maintenant, il faut comprendre que l’homme et les choses externes entretiennent un certain accord ou similitude de telle sorte qu’ils se conviennent et s’entraident »
L’Histoire retiendra également de lui la théorie des signatures (p.e. la noix pour soigner le cerveau) qui est également une forme de similitude.

Paracelse remettra aussi sur la table le deuxième principe hippocratique évincé par Galien.
« La nature est un grand médecin et ce médecin, l’homme le possède en lui...Si la nature se défend d’elle-même, alors elle guérit seule les maladies. Elle possède une industrie certaine pour les guérir que le médecin ignore. Et c’est pourquoi il est seulement le ministre et le défenseur de la nature »
Après Paracelse, les idées foisonnent dans tous les sens et nous trouvons de plus en plus d’indications sur la loi des semblables, de nombreux scientifiques ou personnalités tels que Van Helmont, Pascal, Goethe ou Linné parlent de ces notions dans leurs oeuvres.
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John Hunter

Mais celui qui est vraisemblablement le plus grand inspirateur de Hahnemann est le biologiste écossais John Hunter (1728-1793) qui fut à la base de nombreuses expérimentations et qui émit tous les prémices de l’homéopathie, principe vital, loi des semblables, expérimentations, etc...

Hahnemann lui-même dans l’introduction de l’Organon nous donne une longue liste (pg 111 à 157) de cas relevés dans la littérature guéris par la loi des semblables. Dans les trois dernières pages, il nous donne une liste d’écrits qui en parlent, surtout Hippocrate comme je l’ai déjà dit et le danois Georg Ernst Stahl (1660-1734) :

« La règle admise en médecine, de traiter les maladies par des remèdes contraires ou opposés aux effets qu’elles produisent est complètement fausse et absurde. Je suis persuadé au contraire, que les maladies cèdent aux agents qui déterminent une action semblable ».

On le voit, la loi des semblables était une notion connue depuis l’Antiquité mais c’est Hahnemann qui, le premier, l’érigera en loi fondamentale et lui donnera une structure. C’est grâce à Hahnemann que la loi des semblables est devenue une technique thérapeutique utilisable et reproductible.
Hahnemann qui a eu la puce à l’oreille lors de la prise de China, a non seulement dû redécouvrir cette perle rare parmi tous les écrits anciens mais il lui a fallu aussi créer de toutes pièces un receuil de matières médicales selon un procédé d’expérimentation original.

La façon de préparer les médicaments par la technique de dilution-dynamisation est une invention géniale qui n’existait pas avant Hahnemann. Cette technique mérite d’être soulignée car les scientifiques commencent à peine à élucider le mystère de la puissance énergétique de ce type de médicaments. La transformation de la matière en énergie tient plus de la physique quantique, science du futur que de la pharmacologie, ce qui nous donne de nouveau un aperçu du génie inventif de Hahnemann. Cette technique de préparation des médicaments a d’ailleurs été récupérée par de nombreuses autres médecines parallèlles qui ne sont pas de l’homéopathie mais qui utilisent le même type de médicaments. Méfions-nous de tous ceux qui utilisent le nom homéopathie uniquement parcequ’ils utilisent des médicaments dynamisés.
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L'homœopathie, plus qu'une médecine

Mais en fait, l’homéopathie n’est pas limitée à une technique thérapeutique.

Il y a derrière ce côté pratique toute une philosophie qui touche aux grands mystères de la vie que sont la maladie, la mort, la force de vie que Hahnemann appelle « énergie vitale » toutes notions indispensables à connaître pour bien comprendre l’étendue de l’oeuvre de Hahnemann.

Hahnemann est la concrétisation, la structuration dans le domaine médical de tout un courant de pensée qui dépasse de loin le cadre de la médecine et qui s’oppose depuis l’Antiquité au courant officiel rationnaliste.
C’est déjà ce qui différencie Aristote et Platon. L’un parle de l’homme comme d’un être unique et l’autre différencie le corps et l’âme. Le courant rationnaliste connaîtra son apothéose avec René Descartes (1596-1650) à l’origine du « cartésianisme », courant de pensée qui nie toute connaissance non expérimentée. L’écueil de cette pensée est le manque de globalité. Les sciences sont saucissonées en autant de domaines extrêmement bien étudiés mais l’unité ontologique n’est jamais considérée.
Cette opposition continuera à se manifester et, encore maintenant, nous voyons une médecine officielle qui prône la spécialisation à outrance et les médecines dites parallèlles qui prônent une vision globale de l’être vivant.
Cette distinction existe même à l’intérieur des deux courants puisque, au sein de la médecine officielle, on voit ceux qui privilégient le médecin généraliste et ceux qui ne jurent que par le spécialiste.
Parmi les homéopathes également, il y a les unicistes qui cherchent un remède global et les pluralistes qui donnent un cocktail de remèdes dirigé vers une pathologie bien précise.
Parmi les ostéopathes, il y a les ostéopathes crâniens qui manipulent uniquement le crâne et les autres qui agissent localement.
Je dirais même que cette dualité de pensée est présente en chacun de nous et il faut avouer que nous ne prenons pas toujours la peine de faire une anamnèse complète par paresse ou par manque de temps et que nous prescrivons alors sur une vue partielle du problème.
Après cette longue introduction que je trouve indispensable pour mieux situer l’homéopathie dans l’histoire de la médecine, nous pouvons attaquer sa propre histoire.
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Hahnemann (1755-1843)

La vie de Hahnemann fut terriblement mouvementée et il serait trop long de vous en rapporter tous les détails. Je me contenterai de parler des grands évènements indispensables pour comprendre la suite.
Je vous ai déjà dit qu’il était né le 10 avril 1755 à Meissen en Saxe. Son père y est peintre sur porcelaine et l’initie très tôt à l’amour de la nature par de grandes promenades le long de l’Elbe. Le jeune Samuel s’avère être un élève particulièrement doué et, à 14 ans, il parle couramment 7 langues : l’allemand, le latin, le grec, l’anglais, le français, l’italien et l’espagnol mais il lit également des ouvrages en arabe, en hébreux, en syriaque et même en chaldéen.
Il arrivera à Leipzig à 20 ans en 1775 pour y apprendre la médecine et passera sa thèse en 1779. Une fois en possession de son diplôme, il tentera à plusieurs reprises de se fixer mais son métier ne lui donne pas la satisfaction voulue et il n’arrête pas de se poser des questions sur le sens de la maladie, sur les méthodes thérapeutiques, sur les conditions de vie, etc...
N’oublions pas non plus que Hahnemann est un grand érudit, qu’il lit énormément d’ouvrages dans toutes les langues d’autant plus qu’il a payé ses études en faisant des traductions.
En 1782, il se mariera avec Henriette, la belle-fille du pharmacien Hasseler avec laquelle il n’aura pas moins de 11 enfants.
En 1790, Hahnemann, âgé de 35 ans, est complètement dégoûté de son métier qu’il décide d’abandonner pour devenir traducteur scientifique.
"Je me faisais un cas de conscience de traiter chez mes frères souffrants un état morbide inconnu par des médicaments égalemant inconnus qui, en qualité de substances très actives, peuvent si facilement faire passer de la vie à la mort, ou produire des affections nouvelles et des maux chroniques souvent plus difficiles à éloigner que ne l’était la maladie primitive. »
« Devenir le meurtrier de mes frères était pour moi une idée si affreuse et si accablante que je renonçai à la médecine pour ne plus m’exposer à nuire »

Attitude pour le moins révolutionnaire mais il faut croire que c’était dans l’air du temps car, à Paris, nous étions en pleine révolution.
Il attendra ainsi 6 ans jusqu’en 1796, année pendant laquelle il publiera, comme je vous l’ai dit en début d’exposé, les fondements de l’homéopathie. C’est en traduisant la matière médicale de Cullen qu’il s’insurge contre ce qu’il lit à propos de l’action de l’écorce de quinquina : « L’écorce de quinquina agit sur la fièvre par la vertu roborative qu’elle exerce sur l’estomac ». Hahnemann est persuadé que cette affirmation ne repose sur rien de scientifique et décide de tester la substance sur lui-même. C’est la première expérimentation, son franc est tombé, il découvre la loi des semblables, et, à partir de ce moment, il recommence à exercer et, jusqu’à la fin de sa vie, il ne cessera plus de développer et d’affiner sa nouvelle méthode.

Mais avant de vulgariser sa découverte, il veut être sûr de son efficacité, il travaillera ainsi en solitaire pendant 14 ans, accumulant cas cliniques et expérimentations et, en 1810, il publie la première édition de l’Organon. Il en publiera 4 autres versions de son vivant en 1819, 1824, 1829, 1833. C’est la cinquième édition de 1833 qui sert de base à l’enseignement dans la plupart des écoles unicistes.
La sixième et dernière édition n’était pas finie au moment de sa mort et il a fallu attendre 1921, après la mort de Kent pour que le manuscrit qu’il avait laissé soit retrouvé et publié. C’est la raison pour laquelle notre enseignement qui se base essentiellement sur l’influence de Kent s’appuie sur la cinquième édition.

A partir de 1810 (55 ans), Hahnemann est prêt pour l’enseignement et la diffusion de sa méthode mais il ne rencontre pas le succès espéré auprès de ses confrères. C’est pourquoi il déménage à Leipzig en 1812, ville universitaire où il espère toucher un grand nombre d’étudiants. Il crée un centre d’enseignement qui n’attire personne. Il ne lui reste plus qu’une solution, c’est de se jeter dans la gueule du loup et il décide de donner des cours à l’université. Son immense érudition lui permet de passer la thèse sans parler évidemment de l’homéopathie. Hahnemann devient ainsi lecteur à l’université.
Cette fois, la mayonnaise prend et c’est à Leipzig que seront formés les premiers disciples de Hahnemann parmi lesquels nous retiendrons surtout Stapf.
Stapf (1788-1860) fut un des plus vieux et fidèles amis de Hahnemann pour lequel il avait un profond respect. Il passa toute sa vie en Allemagne et continua à correspondre avec Hahnemann lorsque celui-ci déménagea à Paris. On retiendra principalement la rédaction de la première revue homéopathique « Archiv für die Homoeopatische Heilkunst » dans laquelle il publiait de nombreux cas, de la matière médicale et défendait bec-et-ongles les théories hahnemanniennes. Il participa à de nombreuses expérimentations, et deviendra une référence incontournable pour les homéopathes. Sa célébrité était telle que la Reine d’Angleterre fit appel à ses services en 1835, ce qui contribua à la propagation de l’homéopathie dans ce pays pourtant tellement conservateur. Depuis lors, la famille royale britannique ne cache pas sa préférence pour l’homéopathie.

Hahnemann restera 9 ans à Leipzig, ce seront des années de travail de recherche intense. Pendant ces années, il publiera deux nouvelles versions de l’Organon, mais surtout le receuil des symptômes obtenus par l’expérimentation, la fameuse « Materia Medica Pura » qui reste encore maintenant une des références de matière médicale les plus sûres avec celles de Allen et de Hering.
L’homéopathie prend maintenant de plus en plus d’ampleur et provoque inévitablement une opposition de plus en plus grande. L’air de Leipzig devient de plus en plus irrespirable et, en 1821 (à 66 ans), Hahnemann accepte l’asile que son ami, le duc Ferdinand lui offre à Anhalt-Koëthen.
C’est à Koëthen, en 1828, qu’il publiera le second ouvrage majeur dans la compréhension de l’homéopathie « Les maladies chroniques ». Ce fut un évènement majeur dans l’histoire de l’homéopathie. En effet, à ce moment, Hahnemann est âgé de 73 ans et l’homéopathie a pris, dans les 15 dernières années (depuis Leipzig) une ampleur impressionnante dans toute l’Europe occidentale. Hahnemann est devenu un vieux monsieur respecté et sa médecine rencontre de plus en plus de succès. Avec « Les Maladies Chroniques », Hahnemann lance un pavé dans la mare homéopathique et sa théorie des miasmes suscite encore maintenant des débats passionnés parmi les homéopathes.

C’est toujours à Koëthen qu’il publie les 4ième et 5ième éditions de l’Organon (1829, 1833).
Sa femme Henriette meurt en 1830. Et en 1835, Hahnemann, alors âgé de 80 ans, guérit une jeune femme venue de Paris pour le consulter. Marie-Mélanie d’Hervilly, âgée de 35 ans devient sa seconde épouse. Cette jeune parisienne va facilement le convaincre de déménager à Paris, la ville-lumière, afin de mieux diffuser sa méthode à travers le monde.
C’est ainsi que les jeunes tourtereaux arrivent à Paris en 1835. Hahnemann y restera jusqu’à sa mort en 1743 (88 ans). Il sera d’abord enterré dans le cimetière de Montmartre et c’est finalement au cimetière du Père Lachaise qu’il sera transféré en 1898 où un monument lui a été érigé.
La diffusion mondiale de l’homéopathie a commencé du vivant de Hahnemann. Il est évidemment impossible de faire un exposé exhaustif sur tous les homéopathes qui ont participé à cette grande aventure. Je me contenterai de citer ceux qui me semblent les plus importants.
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Après Hahnemann

Je vous ai déjà parlé de l’année 1812 pendant laquelle Hahnemann, âgé de 57 ans se sentant près pour diffuser sa doctrine arriva à Leipzig.
De le première série d’élèves, nous retiendrons surtout Stapf.
Mais les plus grands propagateurs de la doctrine homéopathique arriveront dans un second temps, ce sont essentiellement Hering, Lippe, Von Boeninghausen, des Guidi, Mure, Jahr.
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Hering (1800-1880)

C’est le plus incontournable des pionniers de l’homéopathie. Hering est né avec le siècle en 1800 (45 ans plus jeune que Hahnemann). Il arrive à Leipzig en 1820, jeune étudiant en médecine. Hahnemann y est déjà depuis 8 ans et suscite une vive opposition de la part des autorités académiques. Un des adversaires les plus acharnés de l’homéopathie, le Professeur Robbi, charge Hering, son jeune assistant, d’écrire un livre contre Hahnemann et l’ « hérésie homéopathique ». Hering commence son travail consciencieusement mais devient passionné des thèses défendues par Hahnemann qu’il finit par rencontrer. Il devient vite un de ses plus fidèles partisans. Il s’attire évidemment les foudres de son professeur et doit s’en aller à Würzburg afin de passer sa thèse en 1826. En 1827, il embarque vers la Guyanne et pratique l’homéopathie à Parimaribo où il restera pendant 6 ans. Il y fera de nombreuses expérimentations dont le fameux Lachesis. En 1833, il revient en Allemagne mais repart aussitôt pour le nouveau monde. Il arrive à Philadelphie qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1880 à l’âge de 80 ans.

Durant ces longues années, l’homéopathie prendra un essor prodigieux aux Etats-Unis. C’est là qu’elle connut son apogée à tel point qu’on se demandait si cette nouvelle médecine n’allait pas devenir la seule officielle. Il y avait à cette époque une plus grande liberté d’esprit qui régnait en Amérique. L’Américain est un homme pratique pour qui le résultat seul compte. De plus, l’enseignement officiel était beaucoup moins anti-homéopathique que sur le vieux continent. L’Europe était beaucoup plus conservatrice, les oppositions étaient beaucoup plus vives. Hering fut à l’origine de ce prodigieux essor qui connut son apogée avec Kent (mort en 1916). En 1912, on dénombre pas moins de 15000 homéopathes (en Europe, ils ne dépassent pas le millier), 37 états reconnaissent l’homéopathie et le gouvernement donne des subsides pour l’enseignement. Après la mort de Kent, le déclin commença et l’homéopathie sera, comme partout ailleurs, une médecine marginale aux Etats-Unis.
Mais cette période de gloire aura fourni à l’homéopathie un matériel didactique immense, et des maîtres (Hering, Kent, Allen,etc..) qui, encore aujourd’hui, sont des références aussi incontournables que Hahnemann lui-même.
C’est Hering qui géra la transition entre les balbutiements de cette jeune médecine de1820-1830 qui n’existait que grâce à la pugnacité d’un vieillard et d’une poignée de fidèles, et l’homéopathie de la fin du XIXième siècle qui fut presque la médecine officielle d’un des plus grand pays du monde ! En effet, la tentation était grande pour de nombreux homéopathes de faire une médecine symptomatique moins efficace à long terme mais moins exigeante. C’est Hering et ensuite Kent qui cadenassèrent envers et contre tout les théories hahnemanniennes.

Hering fut non seulement un praticien renommé mais dirigea de nombreuses pathogénésies avec ses élèves, créa la première école d’homéopathie « The North American Academy For Homeopathic Healing », et, en 1848, le prestigieux « The Hahnemann Medical College ». Il créa également un hôptital « Hahnemann Hospital » dans le musée duquel se trouve le fameux serpent Lachesis qui servit à la préparation de la première souche du remède.
De 1835 à 1838, il publia « the domestic physician qui connut 29 éditions, et, à la fin de sa vie, il publia les « Guiding Symptoms », receuil de matière médicale en 10 volumes qu’il publia peu après celle de Allen. Ce sont encore maintenant deux ouvrages majeurs de la littérature homéopathique.
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Docteur Comte Sebastien des Guidi (1769-1863)

L’histoire de ce médecin est très particulière et mérite d’être racontée. Il a été le principal propagateur de l’homoeopathie en France, et il eut entre autres comme élèves Benoît Mure, Pierre Dufresne, Léon Simon et J.P. Gallavardin.
Même si c’est en tant que jeune médecin qu’il devint élève de Hahnemann en 1830 à Koethen, il n’était pas beaucoup plus jeune que lui puisqu’il était né à Naples en 1769 (14 ans plus tard que Hahnemann). Il y était resté jusque l’âge de 30 ans mais dût s’exiler en 1799 à Lyon pour des raisons politiques. Grand érudit et devenu citoyen français, il y enseigna les mathématiques. Puis, reçu docteur ès sciences, avait été nommé inspecteur d’académie. Il devint médecin le 21 octobre1820 à l’âge de 51 ans. Il ne rencontra l’homoeopathie que 8 ans plus tard. En effet, sa femme étant tombée gravement malade, il avait été dans l’incapacité de la soigner et se rendit en 1828 chez un de ses anciens compatriotes, le médecin Romani aux eaux de Pouzzoles dans les environs de Naples.
C’est donc la guérison de sa femme qui acheva de convaincre des Guidi du bien-fondé de la nouvelle médecine. Il resta l’élève de Romani à Naples pendant 2 ans et, en 1830, se rendit chez Hahnemann lui-même (qui séjournait alors à Koethen) pour parfaire son étude. Il revint à Lyon quelques mois plus tard et commença alors réellement sa pratique homéopathique. Nous sommes en 1830 et il a 61 ans!
Il eut une activité prodigieuse et mourut en 1863 à l’âge de 94 ans! Il est réellement le père de l’homoeopathie française et publia en 1832 la “Lettre aux Médecins Français sur l’Homéopathie” qui connut quatre éditions, une traduction allemande, deux traductions espagnoles, une traduction anglaise.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il ne se singularisa pas par des expérimentations ou des recherches doctrinales mais plutôt par une clinique abondante et largement répertorièe dans des registres de consultation. Sa contribution à la diffusion de l’homoeopathie fut encore accrue par sa personnalité.
Il faisait non seulement partie de l’aristocratie, mais avait été professeur d’université et était d’une grande science dans beaucoup d’autres domaines.
Il était donc très respecté dans les milieux scientifiques et universitaires mais aussi dans les milieux populaires grâce aux soins gratuits qu’il prodiguait dans les dispensaires.
Ce n’était pas le genre d’homme avec qui les chirurgiens et autres médecins orthodoxes aimaient polémiquer au sujet de cette nouvelle médecine.
Sébastien Gaetan Salvador Maxime, Comte des Guidi s’éteignit le 27 mai 1863 à Lyon à l’âge de 94 ans. La comtesse, quant à elle, dont la guérison a été à l’origine de la conversion de son mari, est morte le 21 janvier 1868 à l’âge de 97 ans!
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Benoît Mure (1809-1858)

Benoît Mure, bien que mort jeune à l’âge de 49 ans, fut un des plus grands voyageurs de l’homoeopathie et, de là, un de ses plus actifs propagateurs.
Né prématurément au septième mois, le 4 mai 1809 à Lyon, débile, il resta maladif toute sa vie. Vers la puberté, il fut atteint de phtisie pulmonaire et traité à son grand préjudice par les sommités allopathiques.
A 24 ans (en 1833), souffrant toujours de son état et malgré plusieurs cavernes, il entendit parler du Dr. des Guidi de Lyon, qui le guérit complètement de sa tuberculose par sa seule homoeopathie. Plein de reconnaissance et d’enthousiasme, il décida alors de faire des études de médecine et utilisa sa fortune à la propagation de l’homoeopathie.
Il commença ses nombreux voyages par la Sicile où il ouvrit en 1837 un des plus beaux dispensaires d’Europe à Palerme et qui prospéra si bien qu’il fut converti en Académie royale de médecine homoeopathique.
Il introduisit la même année l’homoeopathie à Malte et, ensuite, en 1842, il partit pour le Brésil où il fonda un institut d’homoeopathie pure et organisa à ses frais une école où douze professeurs enseignèrent l’homoeopathie sous son contrôle. Le Brésil fut à l’origine de la propagation de l’homoeopathie de tout le continent sud-américain et est encore à l’heure actuelle, avec l’Inde, le pays où on pratique le plus l’homoeopathie. En 1848, il revint à Paris où il continua son enseignement et publia ‘Le Médecin du peuple” tiré une première fois à 50000 exemplaires et une deuxième fois à 30000!!
En 1852, il part pour le Soudan et ensuite l’Egypte et, de nouveau, apporte l’enseignement de Hahnemann dans ces pays.
En 1854, il fonde à Gênes un grand institut homoeopathique et soigna remarquablement une épidémie de choléra.
Mais sa santé était restée fragile et, après deux hivers rigoureux, il décida de retourner en Egypte où sa présence ranima l’élan de la nouvelle médecine. Là-bas, il voulut traverser le désert et, malheureusement, la caravane fut attaquée et il fut tué dans le combat le 4 mars 1858 à 49 ans. Sa tombe se trouve au cimetière du Caire.
Il publia en 1849 “la Doctrine de l’Ecole de Rio de Janeiro” et, en 1883, un livre posthume sera publié “L’Homoeopathie pure”.
Son livre sur l’enseignement est d’un intérêt considérable. On peut y voir entre autres que les étudiants recevaient en études préparatoires des cours de portugais, français, allemand et latin et, que le jour de la remise du diplôme, ils promettaient sur l’honneur de faire sur soi-même au moins une expérience pure et de donner au moins une fois par semaine des consultations gratuites pour les pauvres dans un dispensaire de l’Institut.
C’est ainsi que, sous son impulsion, nous aurons les pathogénésies de 36 nouveaux remèdes, dont Elaps corallinus, Hura brasiliensis, Mancinella, Crotalus cascavella, etc...
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Léon Simon

Elève de des Guidi, il fut également un grand propagateur de l’homoeopathie française. Nous le connaissons tous car il a écrit une notice sur la vie, les travaux et la doctrine de Hahnemann qui accompagne la traduction française de 1873 de la cinquième édition de l’Organon qui a servi de base pour l’édition de l’Ecole Belge de 1984. Mais il a également traduit en français la matière médicale de Hahnemann et a donné de nombreux cours.
Il avait été formé par Paul Curie, grand-père du célèbre physicien qui exerçait à Londres depuis 1835. Il a fait partie du comité d’acceuil de Hahnemann à Paris en 1835.
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Georg, Heinrich, Gottlieb Jahr (1800-1875)

Il fut un des plus grand pédagogues du début de l’homoeopathie et a écrit de nombreux ouvrages destinés à rendre l’enseignement plus facile. Ceux-ci, dont un répertoire, furent largement traduits et sont restés longtemps les ouvrages de référence avant kent.
Jahr est né comme Hering avec le siècle en 1800 en Allemagne. Jeune homme, il fut mis à la sauce homoeopathique par le pharmacien de son village. Il rencontre le maître à Koethen et devient vite un de ses plus actifs collaborateurs. Il participe, en tant qu’assistant littéraire, à l’édition de la seconde édition des maladies chroniques (parue en 1835). Mais, grâce à sa stupéfiante rapidité de travail, Hahnemann le charge de l’élaboration d’un répertoire, (le premier avec celui de Boenninghausen), et d’une encyclopédie de symptômes.
Il entame en 1835 (départ de Hahnemann pour Paris) les études de médecine à Bonn qu’il finance grâce à la vente d’un livre qui n’était autre qu’une matière médicale et un répertoire qui était la première compilation des 143 remèdes déjà expérimentés. Ce livre fut rapidement traduit en anglais et en français et servit de référence pendant de nombreuses années.
Après ses études, il rejoint Hahnemann à Paris. C’est lui et Croserio qui furent appelés par Mélanie pour signer le certificat de décès de Hahnemann.
On retiendra de lui une extraordinaire prolificité littéraire (258 travaux), la création de deux journaux: « Les Annales de la Médecine Homoeopathique » avec le Dr Simon de 1842 à 1845 et « L’Art de Guérir » de 1861 à 1865; et, entre autres, deux ouvrages majeurs: manuel de médecine homoeopathique en quatre volumes (1836), le codex des symptômes (1845). Il fut également un des premiers à insister sur le fait que les substances développaient des symptômes d’autant plus intéressants qu’on augmentait leur dilution-dynamisation. .

Mais cette magnifique carrière entièrement dévouée à la propagation de l’homoeopathie et à la médecine dont celle des pauvres se termina comme un mauvais feuilleton. En 1870, la guerre éclata avec la Prusse et à cause de son origine allemande, il fut expulsé de France. Il se réfugia chez des anciens amis en Belgique mais n’eut pas l’autorisation d’exercer la médecine. Son retour en Allemagne où on le considérait comme un étranger fut également une désillusion et, à 71 ans, ne parvint pas à concurrencer ses jeunes confrères. Il revint de nouveau en Belgique, fut acceuilli à Liège, à Gand et finalement, au dispensaire Hahnemann de Bruxelles où il donnait des cours. Un appel fut lancé auprès des homoeopathes belges afin de lui assurer un salaire minimum. Il mourut pauvrement le 11 juillet 1875 à l’âge de 75 ans et fut enterré au cimetière de Schaerbeek.
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Clemens Maria Franz Baron von Boenninghausen (1785-1864)

Un des plus importants homoeopathes de la première génération, il est né le 12 mars 1785 à Heringhaven dans la province de Overyssel en Hollande. Il est le descendant d’une des plus vieilles familles de la noblesse militaire et a des ancêtres qui se sont rendus célèbres sur les champs de bataille.
Il étudiera en Allemagne à Munster jusqu’à l’âge de 18 ans et, ensuite, se rendra à l’université de Groningen. Il apprendra simultanément dans trois facultés différentes: le droit, l’histoire naturelle et la médecine.
Il termine brillament ses études le 30 août 1806 et ce jeune avocat cultivé et connaissant le Français se retrouve au service de Louis Bonaparte, Roi des Pays-Bas, dont il deviendra le secrétaire jusqu’en 1810, date de l’abdication du Roi.
Il se retira alors de la vie publique et se passionna pour l’étude de la botanique et de l’agriculture. Durant cette période, il publiera divers travaux sur ses recherches botaniques qui seront des références pour les plus grands botanistes de l’Europe.
A 31 ans, c’est le début du troisième épisode: en 1816, il est nommé commissaire de district de Coesfeld. Il sera ensuite commissaire général des cadastres et est amené à faire de multiples voyages pour ses tâches officielles, voyages qu’il mettra à profit pour continuer ses études de botanique. Cette période durera jusqu’en 1827 (42 ans), date qui sera un tournant dans sa vie. Il tombe gravement malade, ses médecins diagnostiquent une “tuberculose purulente” qu’ils ne peuvent soigner. Boenninghausen fait alors appel à un de ses vieux amis médecin (Weihe cfr points de Weihe) qui, il ne le sait pas encore, s’est récemment converti à l’homoeopathie. Il guérit alors de sa tuberculose (grâce à Puls), et, plein d’enthousiasme pour cette médecine qui lui a sauvé la vie, se met à réétudier ses cours de médecine.

Mais il n’a jamais été diplômé de la faculté de médecine et ne peut donc pas pratiquer. Qu’à cela ne tienne, il se met à étudier d’arrache-pied et publie de nombreux articles. Tout ceci associé à ses immenses connaissances en botanique, sa rigueur d’homme de loi et sa très grande notoriété font rapidement de lui une référence dans le monde homoeopathique. Il est en outre en contact étroit avec Hahnemann dont il est un des plus fidèles et intime disciples. Ses travaux deviennent vite célèbres dans le milieu homoeopathique et il reçoit la visite de nombreux médecins venant de France, des Pays-Bas ou des Etats-Unis. Il fut sans cesse poursuivi par l’idée de rendre l’homoeopathie plus facile à transmettre et c’est ainsi qu’il mit au point son répertoire (le premier avec celui de Jahr) connu sous le nom de “Boenninghausen characteristic repertory”.

Le 11 juillet 1843, jour de l’enterrement de Hahnemann, âgé de 58 ans, il reçut l’autorisation par le cabinet du Roi Friedrich Wilhem IV de Prusse de pratiquer la médecine et abandonna ses fonctions officielles. Il pratiqua encore pendant 21 ans et mourut en 1864, âgé de 79 ans.
En 1854, il était considéré comme le meilleur médecin homoeopathe et soigna l’impératrice Eugénie. Napoléon III le nomma Chevalier de la Légion d’Honneur en 1861.
Un de ses fils, Karl von Boenninghausen, maria la fille adoptive de Hahneman et Mélanie.
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Les générations suivantes

Aux USA

James Tyler Kent (1849-1916)

Kent est né en 1849 et a étudié la médecine dans une école dite éclectique, l’institut médical éclectique de Cincinnati dans l’Ohio. Il faut savoir qu’à cette époque, parallèlement à la multiplication des écoles de médecine homéopathique purement hahnemanienne (sous la direction de Hering), avaient fleuri une multitude d’écoles qui enseignaient les sciences fondamentales ainsi qu’un éventail de thérapeutiques: allopathique, homéopathique, naturiste, chiropractique. Kent y appris les rudiments de l’homoeopathie. Mais il y sera indifférent et reste dans la mouvance éclectique où il devient un brillant professeur. A 28 ans (1867), il est professeur d’anatomie au collège américain de Saint-Louis.

Son attrait pour l’homoeopathie lui viendra par la suite et c’est encore une fois la guérison de sa femme par un homoeopathe qui le poussa à approfondir la question. Il en fut littéralement passionné et se mit à étudier l’homoeopathie comme un forcené. Il devint alors professeur d’anatomie puis de chirurgie au Collège Homoeopathique du Missouri et obtint la chaire de matière médicale après la mort du titulaire. A l’apogée de sa carrière, à 56 ans (en 1905), professeur et doyen du Hering Medical College à Chicago, il donnait aussi des cours au Hahnemann Medical College de la même ville et dirigeait une clinique.
En outre, Kent faisait beaucoup de pratique et cette grande expérience clinique couplée à un don exceptionnel pour l’enseignement eurent comme effet de remplir les auditoires lors de ses cours.
L’oeuvre de Kent dépasse largement ses écrits car on peut réellement parler de la période pré et post Kent. Il aura marqué tellement fort la médecine homoeopathique que rien ne sera plus jamais comme avant. Outre la rédaction de son répertoire qui a surpassé tous les autres qui existaient déjà, il aura eu le mérite de reprendre et d’expliquer en long et en large les points les plus obscurs de l’Organon. Ses “Lectures on homeopathic phylosophy” sont encore maintenant un outil fondamental dans toutes les écoles unicistes.
Son unicisme est le plus pur de tous et a été évidemment largement critiqué. Il faut reconnaître que les écrits d’Hahnemann ne sont pas des plus faciles à lire et, de plus, comme il lui a fallu toute sa vie pour élaborer ou peaufiner sa technique, on peut facilement mettre en évidence des contradictions ou contre-sens apparents. Cette situation était et est encore largement exploitée par bon nombre d’homoeopathes qui trouvent toutes les excuses possibles dans l’Organon ou les Maladies Chroniques pour essayer de faire une homoeopathie avec des trucs et ficelles. Mais, après Kent, les règles fondamentales de l’unicisme ont été expliquées noir sur blanc et gravées dans le marbre. Dès lors, il n’était plus possible de faire semblant ou de se retrancher derrière un quelquonque petit paragraphe de Hahnemann pour justifier une attitude un peu trop laxiste. C’est pourquoi il ne restait plus qu’une solution, c’était de dénigrer l’oeuvre de Kent et c’est ainsi qu’on lui a reproché d’être trop spirituel, de faire une médecine désincarnée, de tout transformer en langage répertorial, de diriger l’homoeopathie comme une secte, etc..Il est même nommé comme étant la cause du déclin des années vingt.
Encore un mot au sujet de la création du répertoire. Comme tous les homoeopathes de cette époque, Kent utilisait un répertoire (essentiellement celui de Lippe) qu’il annotait de ses remarques et de son expérience clinique.
Il avait ainsi un paquet immense de feuillles écrites dans tous les sens. C’est poussé par ses élèves et par son immense envie de rendre l’homoeopathie plus facile à appliquer qu’il décida de faire le répertoire.
Mais il voulait le faire selon un plan tout-à-fait nouveau et son extrême rigueur lui interdisait de noter des symptômes dont il n’était pas sûr. Il laissa donc de côté son immense receuil de symptômes que lui et ses élèves avaient collectionnés et commença par le commencement, une feuille blanche!
Ce qui ne représentait pas moins que de relire toute la littérature sérieuse éditée depuis 1796 et de traduire cela en langage répertorial (sans ordinateur!), travail titanesque qui lui ruina la santé (la légende dit qu’il ne dormait qu’une nuit sur deux) et, lorsqu’il mourut épuisé en 1916 à l’âge de 67 ans, il venait d’achever ses annotations de la 3ième édition dont il ne connut pas la parution.
Mais d’autres éditions augmentées et corrigées virent encore le jour sous la direction de la veuve de Kent, le Docteur Clara Louise Kent (sa deuxième femme), l’une en 1935 et l’autre en 1945.
Clara Louise Kent est morte le 6 décembre 1943, à Chicago, Illinois, à l’äge 87 ans. L’édition de 1945 (la cinquième) avait été retardée à cause de la guerre. La sixième et dernière édition américaine n’est qu’une réimpression de la cinquième.
En 1961, les éditeurs indiens ont pris le relais en présentant des ré-impressions successives de la sixième édition.
Entre 1973 et 1978, H. Barthell et W. Klunker publièrent le “répertoire synthétique” inspiré de celui de Kent, rédigé en français, anglais et allemand et ne reprenant que les symptômes mentaux, sexuels, généraux, les rêves et les désirs et aversions alimentaires.
En 1980 enfin, une nouvelle édition indienne vit le jour, revue, corrigée et augmentée par le Dr Pierre Schmidt et Diwan Harish Chand de New-Delhi.
C’est toujours la structure du répertoire de kent qui a été utilisée pour le programme informatique « Radar » et son équivalent en livre le « Synthesis » du belge Fr. Schroyens.
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Timothy Field Allen (1837-1902)

Il enseignait et professait à New-York. Il sera célèbre par l’édition de “The encyclopedia of pure materia medica” qui reste la plus grande référence de matière médicale avec Hahnemann et Hering. Douze volumes, 8000 pages, cet ouvrage monumental est toujours une des matières médicales les plus fiables et complètes. L’adjectif “pure” vient du fait que ce sont presque exclusivement des symptômes pathogénétiques sans addition de symptômes cliniques. Il sera publié entre 1874 et 1879 et sera aidé par Hughes, Hering, Lippe et Dunham.
Hering commencera à publier sa matière médicale en 1878 car il donnait beaucoup d’importance aux symptômes cliniques et trouvait que c’était une lacune chez Allen. A sa mort en 1880, il avait déjà publié 2 volumes mais avait laissé tout le matériel prêt pour la publication des suivants. c’est son beau-fils Calvin B. Knerr qui se chargea avec Raue et Mohr de continuer cette oeuvre magnifique. Knerr publiera plus tard un volumineux répertoire qui en facilitera l’accès. La différence avec l’oeuvre de Allen sera l’introduction de renseignements autres que pathogénétiques tels que localisation, direction, périodicités, sensations, âges de le vie, indications cliniques, etc..
Un autre collaborateur de Allen fera également sa propre matière médicale, l’anglais Hughes aidé de l’américain Dakes.
Allen sera aussi directeur d’un asile pour malades mentaux construit avec des subsides publics et dans lequel les patients étaient soignés uniquement par homoeopathie.
Dix ans après son encyclopédie, il écrivit le “handbook of materia medica”, petit frère de l’autre, qui se voulait plus pratique, et qui contient des indications cliniques. Ce handbook fait quand même 1160 pages, on peut se le procurer en édition indienne et il est d’une agréable lecture.
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William Boericke (1849-1929)

Né en Autriche, il fit un an d’études à Vienne avant d’émigrer aux USA où il fut diplômé en 1876 au “Philadelphia Medical College”. Il fut le pionnier de l’homoeopathie de la côte ouest. Il s’installa à San Francisco, y exerca la médecine, fonda deux hôpitaux homoeopathiques et fut professeur à l’université. Il fonda aussi le “Pacific Coast Journal of Homoeopathy” en 1880.
En 1906, il se rendit avec Richard Haehl chez le Dr Karl Von Boenninghausen, fils de Clement qui avait marié la fille adoptive de Hahnemann et Mélanie afin de négocier le rachat du manuscrit de la sixième édition de l’Organon. Ce voyage se solda par un échec et c’est finalement en 1920 qu’il réussit à se le procurer.
Ce n’est donc qu’en 1921 que la sixième édition de l’Organon fut publiée en allemand d’après le manuscrit de Hahnemann par Richard Haehl et en anglais par William Boericke et Richard Haehl. Pierre Schmidt en fit la traduction en français.
Une autre publication célèbre de W. Boericke est le “Pocket Manual of Homoeopathic Materia Medica” qui est une des matières médicales les plus vendues dont la neuvième édition est parue en 1927. Elle est de nouveau remise à l’actualité car elle a servi de base à Frans Vermeulen pour faire sa “Concordant Materia Medica”.
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En Angleterre

John Henry Clarcke (1853-1931)

Il est un des plus éminent homéopathes anglais de sa génération. Il fut un écrivain prolifique mais son ouvrage majeur reste la matière médicale en trois volumes que nous connaissons tous: “A dictionary of practical materia medica” publiée en 1900 (avec l’aide de Robert Cooper). Il écrivit de nombreux autres ouvrages dont un volumineux répertoire en 1904. Sa matière médicale se veut pratique et n’est donc pas complète pour la partie énumération des symptômes mais contient des indications cliniques extrêmement intéressantes et une introduction à chaque remède qui est remarquable. Une autre caractéristique est la présence de quantités de petits remèdes que l’on trouve difficilement ailleurs. Ce “dictionnaire” reste encore maintenant un des plus utilisés.
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Sir John Weir (1879-1971)

Il fut le l’introducteur de la méthode de Kent en Angleterre et eut une influence prépondérante sur l’homoeopathie anglaise pendant plusieurs décennies.
Jeune médecin diplômé de Glascow, il part en 1907 pour Chicago où il devient l’élève de Kent. Cette expérience orientera définitivement sa carrière et il reviendra à Londres pour y pratiquer et enseigner l’homoeopathie. Dès son retour, il se retrouve médecin-résidant à l’Hôpital Royal Homoeopathique de Londres où il tenait des consultations et donnait des cours sur la philosophie et l’usage du répertoire de Kent. Un de ses élèves fut Edouart Schepens, le père de notre ami Christian qui introduisit le mouvement kentiste en Belgique.
En 1923, il est le médecin du Prince de Galles et en 1952, il soignera officiellement la Reine elle-même jusqu’en 1968. Il restera donc pendant 45 ans médecin de la famille royale d’Angleterre.
Tout ceci, doublé d’une forte personnalité, lui apporta une immense notoriété et, en 1947, sera à l’origine du passage d’un acte reconnaissant la Faculté d’Homoeopathie par le Parlement.
La Reine avait trois médecins attitrés: un chirurgien, un allopathe et un homéopathe mais donnait toujours la priorité à l’homéopathe pour les traitements.
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En France

Toute l’époque de la seconde moitié du XIXième siècle sera marquée par l’influence de Hahnemeann, Jahr, Boenninghausen, des Guidi qui eut de nombreux élèves : Gallavardin, Mure, Pierre Dufresne (en Suisse).
Le début du XXième siècle, par contre, vit s’installer un courant qui allait marquer profondément le style de l’homoeopathie française. Toute une série de jeunes homoeopathes français: Jules gallavardin (le fils), Henri Duprat, Lathoud, et surtout Léon Vannier suivent les cours, en 1910, d’un médecin suisse à Lausanne, Antoine Nebel. Celui-ci avait mis au point une théorie sur les trois constitutions humaines qu’il rattacha aux trois sels de calcium ainsi qu’une théorie sur le tuberculinisme et le fameux “drainage” si cher à beaucoup de nos confrères français. Il va sans dire que ce courant a pris une ampleur phénoménale en France principalement sous la direction de Léon Vannier qui enseigna plusieurs générations de jeunes homoeopathes français dans son école parisienne.

La particularité de cet enseignement est, comme je l’ai déjà souligné, la théorie des trois constitutions ainsi que le tuberculinisme et le drainage mais aussi le refus de la technique répertoriale de Kent et de toute l’influence de Kent en général. Ils donnent également une priorité à la pathologie et individualisent le remède en fonction du diagnostic pathologique; Par exemple, il faut connaître les 11 remèdes de fièvre et individualiser la fièvre que l’on voit en fonction de ce que l’on sait de ces 11 remèdes. On comprend tout de suite la limite de cette technique malgré le fait qu’elle soit très utile pour les cas aigus. Le traitement des cas chroniques, quant à lui, nécéssite l’administration de toute une suite de remèdes en fonction de terrain, de drainage, etc..Le dérapage de cette méthode est évidemment l’administration de plusieurs remèdes en même temps ou en alternance, méthode pluraliste qui, soulignons-le, était fortement désapprouvée par Vannier.
Cette “homoeopathie à la française” fut incarnée pendant plusieurs décennies par Léon Vannier qui foonda le Centre homoeopathique de Paris et qui influença l’homoeopathie belge par l’intermédiaire de Hodiamont et Caulier. Duprat et Lathoud prirent leurs distances par rapport à Vannier et publièrent leur matière médicale qui sont des ouvrages intéressants de langue française.
On le voit, malgré la chance extraordinaire pour la France d’avoir pu acceuillir Hahnemann en personne pendant 8 ans, il s’en est fallu de peu pour que toute l’homoeopathie française ne se développe sur des théories que Hahnemann n’avait jamais formulées ni même pensées. Et ce peu fut incarné en la personne du Dr Pierre Schmidt de Genève qui introduisit le courant kentiste dans l’Europe francophone.
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Pierre Schmidt (1894-1987)

Pierre Schmidt est né le 22 juillet 1894 à Chaumont sur Neuchatel en Suisse. Son père est major à l’armée et il passe une enfance sportive et sans histoire. Il se passionne très tôt pour la chimie, les mathématiques et les sciences naturelles mais c’est vers la médecine qu’il se dirige et obtient son diplôme à 26 ans en 1920.
Il s’intéresse très tôt à l’homoeopathie, et, sur les conseils du Dr Mende de Zurich, il se décide à faire un voyage aux Etats-Unis en 1921. Il passe d’abord par l’Angleterre où il rencontre Clarcke qui, agé alors de 67 ans, est un des piliers de l’homoeopathie anglaise et Le Dr John Weir, résidant de l’hopital homoeopathique de Londres, et qui lui parla pour la première fois du répertoire de Kent. John Weir était allé, nous l’avons vu, aux Etats-Unis en 1907, et avait importé le kentisme sur le vieux continent. Mais ce courant était encore nouveau et inconnu en France, Vannier ayant pris une autre direction.
Il débarque ensuite à New-York, et, grâce à la recommandation de John Weir, est reçu chez le Dr Austin, médecin privé de John Rockfeller mais surtout, un des plus fidèles élèves de Kent, décédé 5 ans auparavant. Il y apprendra la philosophie de Kent dont il sera un fervent adepte jusqu’à la fin de ses jours. Il passera également chez une autre disciple de Kent, le Dr Gladwin de Philadephie.
Revenu en Europe, il s’installe à Genève et lance le courant kentiste en Europe francophone. C’est véritablement grâce à son dynamisme et à son désir ardent de transmettre ses connaissances que la plus pure des traditions hahnemanienne a pu être sauvegardée en Suisse, en France, et même en Belgique.
Il est membre fondateur en 1925 de la Ligue Homéopathique Internationale des Médecins (Liga Medicorum Homoeopathica Internationalis LMHI) qui décida de prendre en charge le congrès internationnal qui avait lieu tous les trois ans depuis Hahnemann. Actuellement, il y a un congrès national deux ans sur trois et un international avec assemblée générale tous les trois ans. Le président actuel est notre ami Jacques Imberechts.
Il fonde en 1946, à Lyon, une école: Le Groupe Hahnemannien de Lyon dans laquelle nous verrons des noms apparaître tels que Baur, Kunzli, ou Demangeat.
Il traduira en français la sixième édition de l’Organon, les Maladies Chroniques (traduction qui, malheureusement, n’est pas très fidèle) et la philosophie de Kent et on peut trouver le compte-rendu de ses nombreux cours dans les cahiers du groupement homéopathique de Lyon.
En 1978, âgé de 84 ans, il arrêta son activité médicale et mourut 9 ans plus tard à l’âge de 93 ans.
Grâce à son enthousiasme, sa carrière de plus de 50 ans et ses nombreux voyages à travers le monde, il entraîna dans son sillage de nombreux médecins dont les plus connus sont Demangeat, Künsli, Klunker, Casez, Nogier, Jacques Baur, Bourgarit, qui eux-mêmes influencèrent des personnes comme Alain Soirot et Nicolas Teoran (vetérinaires), Salaün... et un certain Jacques Imberechts de Bruxelles.
Il influencera également Tomas Paschero (Argentine) et Harish Shand (Inde)
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En Inde

L’attrait du sous-continent indien pour l’homoeopathie a été fort dès le début. C’est un élève de Hahnemann, Martin Honigberger qui, le premier, introduisit l’homoeopathie aux Indes en 1839 où il resta pendant 10 ans, il est véritablement l’introducteur du mouvement homoeopathique aux Indes.
Mais l’ampleur du phénomène homoeopathique fut quand même plus tardif qu’ailleurs et il faut attendre le XXième siècle et le kentisme apporté par le colonisateur britannique pour voir une extansion extraordinaire. Il faut dire que l’approche psycho-somatique de la philosophie de Kent plaît très fort à l’Inde où les gens vivent en permanence dans la spiritualité et la réincarnation. De plus, le faible coût des traitements est un avantage majeur pour un pays pauvre. Le Mahatma Gandhi lui-même dira de l’homoeopathie: “ L’homoeopathie est la plus fine méthode qui existe pour traiter les gens d’une manière économique et suivant les principes de la non-violence...Le gouvernement doit encourager son emploi et en favoriser le développement dans notre pays...”
L’Inde est actuellement avec le Brésil un des pays où on pratique le plus l’homoeopathie et on peut citer de nombreux homoeopathes importants.
Il ne faut pas non plus négliger l’importance des maisons d’éditions qui nous ont permis d’obtenir des livres à des prix défiants toute concurrence. Le répertoire de Kent, par exemple, était presque introuvable dans les années soixantes et c’est grâce aux éditions indiennes que tout le monde a pu s’en procurer; idem pour les “Guiding symptoms” de Hering et pour de nombreux autres.
On retiendra à Calcutta Kanjilal, B.K. Sarkar, et Ghatak dont un ouvrage fut traduit en anglais par Banerjee: “Chronic disease, its cause and cure” et qui servira de base de réflexion pour Masi Elisade.
Un autre pôle se trouve à Bombay où nous trouvons Phatak, Dhawale et P. Sankaran (père de Rajan).
Et enfin, à New-Delhi, Jugal Kishore et, réfugiés du Lahor devenu pakistanais, la famille Shand: Jay Shand (ami de P. Schmidt), son fils Harish Shand (Répertoire de 1980 avec Schmidt) et son petit-fils Vijay Shand.
N’oublions pas Patel qui publia le “Word index” du répertoire de Kent et qui fut d’une grande utilité avant les ordinateurs.
Actuellement, nous connaissons tous Rajan Sankaran qui a une influence mondiale.
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En Allemagne

Un peu comme en France, on peut dire que nul n’est prophète dans son pays et, malgré de nombreux jeunes homoeopathes formé par Hahnemann lui-même, le courant purement hahnemannien a toujours été présent mais marginalisé. C’est peut-être le pays où on vit apparaître le plus de déviations par rapport aux idées de Hahnemann et ceci, déjà de son vivant. Et celui-ci ne mâchait pas ses mots pour qualifier ceux qui n’embrassaient pas ses idées dans leur totalité; c’est ainsi qu’on entendit parler de demi-homéopathes, de sans-culottes, d’amphibies et d’autres épithètes qui rendraient jaloux le capitaine haddock.

Dans un premier temps, c’est sans aucun doute le fidèle Stapf qui fut le gardien de la tradition après le départ de Hahnemann pour Koethen. Il est le principal gardien de la tradition en Allemagne. L’homoeopathie hahnemannienne s’est maintenue jusqu’à ce jour, mais n’a jamais été le principal mouvement présent en Allemagne où la majorité des médecins prescrivent des dilutions très basses en décimales.
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L’Amérique latine

On a déjà parlé de l’influence de Benoît Mure qui lança l’homoeopathie au Brésil, ce qui fut l’origine de la propagation dans tout le continent. C’est surtout dans la deuxième moitié du XXième siècle que l’on vit apparaître des homoeopathes dont l’influence sera marquante au niveau mondial, il s’agit du mexicain Ortega, et de l’école argentine avec Jorge Masi Elisalde (le père de Alfonso), Fisch et Tomas Paschero et, plus tard, Alfonso Masi Elisade et Eugenio Candegabre.

La Grèce

Nouvelle venue dans le monde homoeopathique, la Grèce est représentée par Georges Vithoulkas qu’on ne présente plus, mais également par Irène Demetrianes Bachas, et Vassilis Ghegas.
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Et la Belgique?

Eh bien, malgré la petite taille de notre pays, celui-ci a toujours été bien représenté au sein de l’homoeopathie internationnale.
L’introducteur de la médecine homoeopathique en Belgique est le Docteur Pierre-Joseph De Moor (1787-1845). Celui-ci, chirurgien titulaire de l’hôpital d’Alost s’intéressa précocement à l’homoeopathie dès 1827 et il l’appliqua deux ans plus tard à partir de 1829. Il fut bientôt suivi par de nombreux autres médecins (dont ses deux fils Charles Justin et Victoor répétiteur à l’école vétérinaire). En 1830, avec l’indépendance, de nombreux homoeopathes formés par l’armée hollandaise retournèrent en Hollande.
A partir de 1860, le nombre d’homoeopathes ne cesse d’augmenter et leur nombre est estimé à 60 ou 70 à la fin du siècle précédent.
Le début du XXième siècle sera marqué, comme partout ailleurs par un déclin et on n’en dénombrera plus qu’une trentaine.
En Belgique comme partout ailleurs, s’ouvrirent des dispensaires homoeopathiques où les médecins prodiguaient des soins gratuitement aux pauvres. Le premier de ces dispensaire fut ouvert par le Dr Varlez à Bruxelles. Le plus important fut le dispensaire hahnemann créé en 1855 au 9, rue Pachéco par le Dr de Molinari et Mouremans. Il deviendra un centre d’enseignement, publiera sa revue et on a vu qu’il accueillera Jahr en 1871.
Les premiers homoeopathes étaient autodidactes et recevaient parfois des cours de Pierre Dufresnes, de Jahr ou même parfois de Hahnemann lui-même. En Belgique comme dans les autres pays européens, on vit un essor rapide suivi d’une fluctuation avec des hauts et des bas. Mais la Belgique a toujours été représentée au sein de l’homoeopathie internationale En 1872, le cercle homoeopathique des Flandres est formé, il est l’ancêtre de la société royale (depuis 1972) belge d’homoeopathie.
Le courant kentiste fut introduit par Edouard Schepens (1903-1990), le père de Christian dans les années trente. Il sera un des piliers de l’ecole belge des années cinquante avec Maurice Jennaer, Fernand Maïeur, Clerbaux et Delestine. Il va sans dire que Pierre Schmidt influencera également très fort ce courant.
L’influence de Vannier sera transmise par Hodiamont (dont les livres sont très intéressants) et Caulier (1906-1984).
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Conclusion

Il va sans dire que cette liste est loin d’être exhaustive et est profondément injuste pour tous les homoeopathes que je n’aurai pas cité. Mais il faut bien se limiter. L’homoeopathie est présente dans le monde entier et, dans ce monde en pleine mutation qui fait exploser les références, elle reste un garde-fou précieux pour ceux qui s’en servent. En effet, nous possédons un atout exceptionnel, c’est d’avoir à notre disposition une loi de guérison dont les principes sont restés immuables depuis plus de deux siècles. Malgré une révolution médicale sans précédent, malgré des découvertes scientifiques que l’on ne soupçonnait pas du temps d’Hahnemann, l’application de la méthode homoeopathique permet des guérisons impossibles par l’allopathie.
Mais la seule condition à respecter pour avoir cette remarquable efficacité est de se plier totalement et strictement aux principes hahnemanniens développés ensuite par Hering et Kent. Toute méthode visant à rendre l’homoeopathie plus facile en essayant de ne pas devoir faire l’anmnèse complète diminue l’efficacité.
Un autre avantage de l’immutabilité des lois de l’homoeopathie est que l’étude de nos illustres prédécesseurs nous apporte non seulement une richesse au niveau historique mais également au niveau scientifique puisque nous appliquons toujours les mêmes principes thérapeutiques.
Ce cours est maintenant terminé, j’espère que la vie de ces grands hommes sera pour vous une source intarissable d’énergie et de réflexion.
Je vous remercie pour votre attention.
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Bibliographie

Samuel Hahnemann: Organon de l’art de guérir (Edition de l’Ecole Belge d’homoeopathie)
Les Maladies Chroniques“
Revue belge d’homoeopathie et Cahiers du groupement hahnemannien
Bénédicte Dutron: Le mouvement homoeopathique en Belgique 1874-1914, mémoire
présenté en vue de l’obtention du grade de licenciée en histoire.
Harald Gaier: Thorsons encyclopaedic dictionary of Homoeopathy
Bradford: Life and letters of hahnemann
Harris Coulter: Divided Legacy: a History of the Schism in Medical Thought
Hahnemann et l’homoeopathie (traduit en français par Ph. servais et Annette Pagnoulle)
D. Demarque: Historique de l’homéopathie, Encycl. Méd. chir. Paris, Homéopathie, 38005A(10), 4.6.05
D. Saelens : Biographie et bibliographie des principaux homéopathes, Ecole Belge d’Homéopathie 13/05/98
Encyclopedia Universalis
Encyclopédie Alpha
Dr Alexis Cabrel : Médecine officielle et médecines hérétiques
Merci à Jacques Imberechts, Christian Schepens, Eric Vanden Eynde et Homeoden pour leurs renseignements et/ou l’accès à leur bibliothèque.
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