Drosera Rotundifolia

A/ - « La Carnivorité »
B/ - Les propriétés symboliques de la plante
C/ Etude de la matière médicale
                  I. La « légitime attaque. »
                  II. La tête agressée.
                  III. Les problèmes digestifs.
                  IV. La toux réactionnelle.
                  V. Trois thèmes chers aux alchimistes et aux sorciers.
                  VI. L’échec: dépression ou suicide.

Il s’agit d’une petite plante vivace, carnivore, abondante notamment en Europe centrale. La plante émet de petites têtes circulaires hérissées de spicules couvertes d’un mucus où les insectes s’engluent.
Avant d’aborder les propriétés du remède, deux aspects de la plante méritent quelques réflexions, qui nous aideront d’ailleurs à mieux comprendre ce qui suivra.

A/ - « La Carnivorité »

Cette catégorie de plantes, qui nous occupe aujourd’hui, a longtemps intrigué la communauté scientifique internationale: comment classer ces curieux individus, et interprèter leur anatomie et leur comportement?
La faiblesse des racines de ces végetaux est longtemps comprise comme une atrophie, un perte de contact avec la terre, comme une étape vers le règne animal. En outre, la « carnivorité » semble l’apanage des espèces supérieures, et ces plantes ambitieuses dérangent...
De tous temps, les végétaux ont été au service des animaux, et voilà que la relation s’inverse! Ce paradoxe a fait couler des flots d’encre, du XVIII° au XX° siècles, dans les milieux botanique, philosophique et même religieux. A cela s’ajoute l’ existence d’un mouvement actif de capture, lui aussi habituellement réservé au monde animal: la fermeture du piège bivalve de Dionea est évident, et les mouvements des tentacules de Drosera sont observés dès 1779.
Drosera est longtemps qualifiée de « plante irritable », comme si elle était agacée par ces nuées d’insectes, et ne les attrapait que pour s’en débarrasser! Cette conception des choses plaisait assez aux philosophes, leur évitait de considérer que ces plantes se nourissaient d’animaux, et pouvait faire passer ce phénomène de capture comme un accident, ou presque.
Il faudra vraiment la fin du XIX° Siècle pour qu’apparaisse l’idée que cette capture d’insecte devait être profitable à la plante, et participer de sa nutrition!
C’est Charles Darwin, dans son ouvrage « Les plantes insectivores » de 1877, qui est vraiment le premier à oser présenter clairement cette hypothèse...suscitant, dans un premier temps, une levée de bouclier presque générale. La polémique déborde largement de la communauté scientifique, et le débat est surtout philosophique: l’idée qu’un végétal puisse capturer et tuer une vie animale est inadmissible, pour ne pas dire diabolique! Tout au plus veut-on bien admettre que le créateur, dans sa bonté, a laissé à ces faibles plantes ce moyen de se défendre d’insectes importuns.
Actuellement, cette polémique est évidemment dépassée, mais il a quand même fallu les années septante de notre Siècle, le microscope électronique à balayage et les isotopes radioactifs

pour clarifier les choses.

Aujourd’hui, même si tout n’est pas élucidé, nous savons que les plantes carnivores ont développé un mode de nutrition qui leur permet de compenser un manque de leur environnement en matières azotées et en certains minéraux, en particulier le soufre, le potassium et le phosphore. Chez Drosera par exemple, la vitesse de pénétration des éléments nutitifs capturés est énorme: quelques heures seulement pour passer de la feuille à la racine!
Mais il faut savoir que le mode de nutrition carnivore reste un appoint, et que la photosynthèse est toujours indispensable.
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B/ - Les propriétés symboliques de la plante.

Dans leur environnement, les plantes carnivores ont une prédilection pour les sols inondés, tourbières, marécages et eaux stagnantes.
Dans leur métabolisme: l’eau tapisse l’intérieur des pièges de Nepenthes, recouvre, sous forme de gouttelettes, les spicules de Drosera.
Dans la tradition populaire du Moyen-Age: l’ » eau » des gouttelettes ou des pièges de plantes carnivores a servi à la préparation de nombreuses boissons apéritives (ce qui peut paraitre logique) ou de philtres d’amour.
Pour les alchimistes, ce pouvoir paradoxal que possède Drosera de produire de l’eau sous le feu du soleil, donc de se livrer en quelques sortes à une transmutation magique, a désigné la plante comme un matériel de choix dans leurs recherches de la pierre philosophale.
Cette alliance entre l’eau et le soleil en fait un symbole de puissance physique: les piverts vont s’y frotter le bec pour le durcir. De la puissance physique à la puissance sexuelle, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par la tradition populaire, qui attribue à Drosera d’importantes vertus aphrodisiaques, la nommant « herbe lascive » ou « herbe du rut »! Notez que la plante doit impérativement être cueillie un ...23 Septembre!
On attribue au Drosera de nombreuses autres propriétés magiques, et son importance est grande dans les traités de sorcelerie, dans le centre-Ouest de la France et en Allemagne. Rompre le fer, résister aux venins, dissiper la fièvre, maintenir le troupeau en bonne santé...sont quelques-unes de ses vertus supposées.
Par contre, la plante introduite dans une maison ou une étable était censée provoquer la fièvre.
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C/ Etude de la matière médicale

I. La « légitime attaque. »

a. C’est un inquiet.
Drosera s’inquiète pour beaucoup de choses (full of cares, worries): pour l’avenir (anxiety about future, discouraged about future), à propos de ce qui pourrait arriver (ailment from bad news, fear of hearing bad news, fear of misfortune).
Il a peur d’être seul (alone), de la mort (death), du diable (evil), des esprits (ghosts). Il est à la fois triste et anxieux (Sadness anxious). Il a si peur que, si par hasard il se laisse aller malgré tout, tout à coup il sursaute, comme ramené brutalement à la réalité, ou plutôt à son illusion
(starting on falling asleep, during sleep, from sleep).
S’il arrive malgré tout à se réfugier dans le sommeil, il n’est pas sauvé pour autant: dreams desease, dreams frightful.
Faut-il le préciser, il n’a pas confiance en lui! (want of self-confidence). On pourrait résumer tout ceci d’une phrase:

« qu’est-ce qui va me tomber dessus?! »

b. Il se sent agressé, persécuté.

Drosera est très sensible (oversensitive), il a l’impression qu’on le persécute (delusion that he is persecuted), qu’on lui en veut, qu’on le cherche, et il voit des ennemis partout
(anxiety as if pursued and persecuted by enemies, delusion he was pursued by enemies, delusion of vexations and offences).
Il est donc très méfiant (suspicious). Encore une fois, le sommeil où il croit trouver refuge ne l’épargne pas: dreams ill-treatment, dreams about being maltreated, dreams vexatious.

c. La réaction:

- La réaction du XX° Siècle.

Première réaction possible face à toutes ces incertitudes, à cet avenir plein de risques, à tous ces ennemis réels ou imaginaires: Drosera s’accroche spasmodiquement à tout ce qu’il peut attraper ou conserver:
Clenching fngers when seising something; contraction hand grasping involuntary things taken hold of; contraction fingers grasping; contraction fingers spasmodic; convulsion hand taking hold of something; cramps hand grasping. Nous avons vraiment affaire ici à la plante qui, stressée par la vie dans un milieu dangereux et carencé, va tenter de pallier ce stress en saisissant tout ce qui passe à sa portée et qui peut combler ces carences: en l’occurence, les insectes.
C’est en réalité ce que les scientifiques du XX° Siècle on fini par comprendre.
Dans cette optique, on est un peut déçu de ne pas trouver le remède dans des rubriques telles que: Fear of starving, delusion starve, ou delusion want...

- La réaction du XIX°.

Une autre façon de gérer toutes ces menaces, c’est l’agressivité:
Anger, anger at trifles, anger violent, being beside one-self,
irritability, rage, fury, violent, vehement:
C’est ainsi que les biologistes du XIX° croyaient avoir compris la plante: une réaction agressive face à tous ces insectes gêneurs.
Le sentiment d’insécurité de Drosera le pousse à considérer très facilement autrui comme un agresseur, susceptible de le précipiter dans ce malheur qu’il pressent: c’est là son illusion fondamentale; cette sensibilité à fleur de peau le conduit à un comportement agressif qui est en quelque sorte préventif: la légitime défense avant la lettre, ou mieux:

LA LEGITIME ATTAQUE!!
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II. La tête agressée.

Dans le répertoire de Kent, les chapitres qui concernent la tête, c-à-d le chapitre Head bien sûr, mais aussi les chapitres Ear, Eye et Face, qui font anatomiquement partie de la tête, frappent par l’abondance des symptômes de douleur: 89/105 dans Head, 9/21 dans Eye, 19/30 dans Ear, et 15/48 dans Face. Ces douleurs sont présentes selon de nombreuses modalités qu’il serait fastidieux d’énumérer. Il faut cependant souligner, à propos du chapitre Head, que les symptômes sont fréquement modalisés en fonction de la position de la tête:
Heaviness holding head erect, on.
raising head, on.
stooping amel.
Pain bending head backward, while.
moving head, on.
raising head.
rising upright, erect.
stooping from.
forehead, in, motion rapid.
stooping, from.
eye above, stooping when.
temples stooping from.
cutting motion of eye (seul)
stooping, on.
lancinating forehead, moving eyes
stitching forehead, moving eyes (seul)
stooping, on.

Nous constatons que toutes ces douleurs de tête se présentent curieusement selon des modalités opposées: stooping-raising...
Ce paradoxe apparant cadre bien avec la symbolique du remède:
Drosera tel que nous le connaissons, c-à-d hypersensible aux agressions réelles ou supposées, se trouve assailli par une multitude d’insectes qui bourdonnent autour de sa tête. Pour s’en protéger, il s’est hérissé la tête de spicules; mais chaque mouvement de la tête, dans un sens ou dans l’autre, en découvre une partie vulnérable.
Ceci explique pourquoi le patient est soulagé en ce prenant la tête dans les mains:

Pain resting head on arm, amel.
Pain cutting, supporting head on hands, amel.
Pain tearing, leaning head on hands, amel.
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III. Les problèmes digestifs.

En bonne plante carnivore qui se respecte, Drosera supporte mal ce mode de nutrition marginal: alors que Nepenthès souffre de la digestion proprement dite, c’est dès le haut appareil digestif que Drosera commence à souffrir.
- Beaucoup de douleurs de la face sont liées au fait d’ouvrir la bouche, ou localisées aux machoires: Face, pain opening the mouth, pain articulation lower jaw opening mouth, burning corners of mouth, pain drawing upper jaw, pain stitching & tearing lower jaw.

- La bouche de Drosera n’a rien d’un cadeau: ça saigne (mouth bleeding, saliva bloody), ça sent mauvais (odor offensive), la langue est toute gonflée (swelling tongue, centre small & round swelling: Dros.seul) et il y a des ulcères (ulcers).

Mais que voulez-vous, « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre »!

Pour le patient, les symptômes subjectifs ne valent guère mieux: il y a une sensation de sécheresse (dryness-palate-sens.of) des douleurs en tous genres (burning, stitching, prickling). Le sens du goût est altéré ou perdu (taste bitter chewing when, eating during & after; taste wanting, loss of taste, tastelessness of food).

- Les dents peuvent être douloureuses, ou tomber (Looseness, pain).
- La gorge est serrée (choking, constricting, crawling). Comme on pouvait s’y attendre, les douleurs sont liées au fait de manger ou d’avaler (pain swallowing food, pain burning after dinner, pain rawness after dinner, pain stinging on swallowing).

- Au niveau de l’estomac, ce n’est pas la gloire non plus:
constiction, eructation, retching, douleurs avec 7 sous-rubriques, nausées avec 9 sous-rubriques, vômissements avec 23 sous-rubriques.
Tous ces symptômes digestifs convergent vers le même thème: la difficulté à avaler, mastiquer, assimiler.
Dè lors, considérons cette difficulté d’assimilation au sens figuré, et revenons au mind, dont les symptômes illustrent bien un problème intellectuel de cet ordre:
la concentration est difficile (concentration difficult studying, reading while), l’esprit est confus, la pensée et la compréhension sont engourdies (confusion of mind - evening, chill during, heat during, walking while- dullness, difficulty of thinking and comprehending, dullness reading while). Le patient n’a d’ailleurs pas vraiment envie de s’y mettre! (indolence, aversion to work, indolence from sadness, aversion to mental work)
Nous connaissons l’angoisse de Drosera, qui le rend si soucieux de son intégrité physique; on dirait qu’il est également soucieux de son intégrité mentale, au point de ne pas vouloir se laisser gagner par des idées ou des connaissances nouvelles!
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IV. La toux réactionnelle.

Drosera est un des champions de la toux: 103 rubriques dans le chapitre « Cough » du répertoire de Kent, sans parler des nombreux symptômes « cough agg. » disséminés un peu partout. Comment interprêter cela?
Nous savons que l’arbre respiratoire présente une grande surface de contact avec le milieu extérieur. Or Drosera est
- ou se croit - assailli d’agressions continuelles; l’une de ces agressions est perçue au niveau respiratoire, et la toux est, une fois de plus, un réflexe de défense. Cette hypothèse est illustrée par les rubriques suivantes, qui évoquent toutes une sensation de corps étranger à éliminer:
Mouth pain burning pepper, as from scraping palate
Throat bread crumbs, sensation of scratching crumbs of bread, like
Larynx dust, as from foreign substance, sensation of plug scraping, clearing larynx
Cough deep enough, sensation as though he could not cough, to start mucus dust, as from eating, from foreign body sensation as from, in larynx hacking tickling in larynx, from tickling larynx in, from sympathetic !! (Lach, Naja, CardM)
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V. Trois thèmes chers aux alchimistes et aux sorciers.

- Nous avons vu plus haut que l’eau est un élément très important dans la vie de la plante, à la fois pour son environement et en tant que constituant: c’est grâce à une sécrétion plus ou moins aqueuse qu’elle peut capturer et engluer ses proies. J’ai relevé ci-dessous les différentes rubriques qui pouvaient illuster ce thème de l’eau-ou de la sécheresse.
Nose coriza discharge, with fluent discharge, without copious viscid watery dryness inside
Face dryness lips perspiration
Mouth dryness, sensation, of pain burning cold water amel
Throat mucus
Stomach thirst extreme vomiting mucus water coughing, on
Stool mucous
Urine watery
Larynx mucus in larynx
Cough dry hacking, dryness in larynx, from
Expectoration mucous
Gener. dry sensation in internal parts (!!) dryness of usually moist internal parts (!!)
- Drosera était considérée comme un symbole de puissance; ceci n’est que peu illustré par l’extraction du remède: tout au plus trouvons-nous quelques rubriques:
Courageous, perseverance, pertinacity. Mais aussi: cowardice, discouraged, irresolution!
Comme nous l’avons déjà vu, si le patient fait étalage de force, c’est avant tout par peur.
La tradition populaire en faisait aussi une plante aphrodisiaque. Là, sur le plan homéopathique, c’est complètement raté: L’extraction des chapitres genitalia est pratiquement désertique. Par contre, nous verrons que Nepenthès ne nous décevra pas!
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VI. L’échec: dépression ou suicide.

Comme c’est le cas pour de nombreux remèdes, quand la stratégie mise en oeuvre pour aménager l’angoise de base vient à être mise en défaut, cet échec peut déboucher sur un état dépressif ou suicidaire:
Anxiety suicidal weary of life, with
Discouraged
Forsaken feeling
Indolance sadness from
Morose
Sadness
daytime
alone, when
anxious
Suicidal disposition
evening
drowning by (!!)
thoughs
Weary of life
Weeping.

L’AGRESSE AGRESSIF

LA LEGITIME ATTAQUE

Dr Jean Lansmanne
Braine L’Alleud
Belgique
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